Cameroon

L’artiste Belka Tobis claque la porte du camp Biya et milite pour Samuel Eto’o ou Cabral Libii

C’est un revirement inattendu mais qui en dit long sur l’air du temps au Cameroun. Belka Tobis, chanteur bien connu pour son soutien affiché à Paul Biya, vient de rompre publiquement avec le président sortant, à quelques mois d’une élection présidentielle décisive. Celui qui, hier encore, défendait bec et ongles le chef de l’État, affirme aujourd’hui qu’à 92 ans, Paul Biya n’a plus la capacité de continuer à diriger le pays. Un revirement qu’il justifie par « le devoir de vérité » envers la jeunesse camerounaise, dont il dit désormais partager les espoirs de changement. Pour lui, le choix idéal serait Cabral Libii ou Samuel Eto’o qui sont jeunes, car, affirme t-il , il faut un “changement générationnel à la tête du Cameroun.

Dans une déclaration rendue publique ce week-end, l’artiste assume son revirement sans détour et présente même des excuses à la jeunesse. « Je suis un humain, je peux me tromper », confesse-t-il, avant de pointer du doigt l’immobilisme politique et l’épuisement d’une génération au pouvoir depuis trop longtemps. Sans détour, il rejette également l’option Maurice Kamto, pourtant considéré par beaucoup comme l’opposant principal, estimant qu’il appartient « à la même génération que Paul Biya ». Belka Tobis va plus loin : il appelle clairement à faire place aux plus jeunes et cite, sans ambiguïté, Samuel Eto’o ou Cabral Libii comme incarnations possibles de ce renouveau.

Le ton est grave, l’aveu rare : « Je me souviens que quand Biya prenait le pouvoir, j’avais 23 ans. Aujourd’hui, j’en ai 66 », écrit-il, dans un message qui résonne comme le constat d’un immense gâchis de générations sacrifiées. Derrière son courage tardif, c’est une lassitude partagée qu’il exprime, celle d’une société qui aspire enfin à tourner la page. Un message qui s’inscrit dans un contexte où de plus en plus de voix, y compris dans les rangs des anciens partisans du pouvoir, dénoncent le risque d’un statu quo mortifère.

À travers cet appel, Belka Tobis rejoint le vaste mouvement d’opinion qui réclame non seulement l’alternance, mais aussi une rupture nette avec les pratiques politiques héritées des décennies passées. Un positionnement qui pourrait lui coûter cher, tant les critiques ne manqueront pas parmi ses anciens compagnons de route. Mais l’artiste l’assure : « Il n’est jamais trop tard pour rejoindre le camp du peuple ». Un peuple qu’il appelle, avec force, à sauver la jeunesse et à redonner au Cameroun un avenir à la hauteur de ses ambitions.

Gilles Noubissi

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