Pour la première fois de son histoire, le Cameroun a dépassé la barre symbolique des 100 000 tonnes de fèves de cacao transformées localement. Selon le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, 109 431 tonnes ont été traitées au cours de la saison 2024-2025, close le 15 juillet dernier. Ce volume marque une progression de près de 28 % par rapport à l’exercice précédent (89 672 tonnes). Derrière cette performance, la montée en puissance des unités de broyage, dopée par de nouveaux investissements et l’extension des capacités existantes, de Douala à Kribi en passant par Kékem et Mbankomo.
La transformation locale a connu un véritable coup d’accélérateur ces dix dernières années. En 2015, SIC Cacaos, filiale du géant suisse Barry Callebaut, portait sa capacité de 32 000 à 50 000 tonnes grâce à un investissement de 5 milliards de FCFA. La même année, Neo Industry d’Emmanuel Neossi s’implantait à Kékem avec une capacité de 32 000 tonnes extensible. En 2020, Atlantic Cocoa, propriété de l’Ivoirien Koné Dossongui, ouvrait à Kribi avec 48 000 tonnes annuelles, avant d’annoncer en juin dernier un projet d’extension à 64 000 tonnes, moyennant près de 10 milliards de FCFA. Plus récemment, Africa Processing a rejoint la course en 2022 à Mbankomo, produisant chaque année environ 8 000 tonnes de dérivés pour un chiffre d’affaires de 500 millions de FCFA.
Pour autant, derrière ce record se cache un retard persistant. La stratégie nationale de développement des filières cacao-café fixait depuis 2019 l’objectif ambitieux de transformer localement 50 % de la production nationale, estimée à 600 000 tonnes. Or, en 2024-2025, malgré une récolte en hausse à 309 518 tonnes, la transformation locale ne représente qu’environ un tiers de ce volume. Un écart qui interroge sur la capacité du pays à franchir un nouveau palier, dans un contexte où la valeur ajoutée du cacao reste majoritairement captée à l’étranger.
Ce bilan, à la fois encourageant et frustrant, illustre les paradoxes d’une filière stratégique pour l’économie camerounaise : des progrès indéniables en matière d’industrialisation et d’attractivité pour les investisseurs, mais une dépendance persistante à l’exportation de fèves brutes. Sans un alignement clair entre production, transformation et débouchés commerciaux, le Cameroun risque de voir sa performance industrielle plafonner, alors même que le marché mondial du chocolat reste en pleine expansion.

