Après vingt ans d’attente, le Cameroun se prépare enfin à lancer son quatrième recensement général de la population et de l’habitat en 2026. Mais l’annonce, faite le 12 août par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, engendre plus de doutes que d’enthousiasme. L’État a confirmé une enveloppe de seulement 13,2 milliards FCFA pour financer l’opération, loin des 64 milliards initialement prévus en 2015. Une partie du budget (7 milliards) sera couverte par la Banque mondiale, le reste par le Trésor public camerounais. Officiellement, “tout est bouclé”, selon Paul Tasong, ministre délégué auprès du Minepat. Officieusement, la question qui brûle les lèvres est simple : comment réaliser un recensement national crédible avec des moyens divisés par cinq ?
Ce revirement budgétaire soulève des interrogations majeures. En mars 2024, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, affirmait que 42 milliards avaient déjà été mobilisés et qu’il restait à trouver 22 milliards pour atteindre l’objectif initial. Moins de deux ans plus tard, ce discours est balayé d’un revers de main, sans explication claire sur la disparition des fonds évoqués. L’argument des difficultés sécuritaires et budgétaires, avancé par les autorités, ne suffit pas à dissiper les soupçons d’improvisation. Pour les observateurs, cette réduction drastique pourrait compromettre la qualité des données, alors que le Cameroun vit toujours sur la base du recensement de 2005 qui chiffrait la population à 20 millions d’habitants.
Les enjeux sont pourtant considérables. Sans statistiques fiables, impossible de planifier efficacement les infrastructures scolaires, sanitaires ou routières. Plus encore, l’absence de données précises fausse la représentation politique : la répartition des circonscriptions électorales, fondée sur des chiffres obsolètes, nourrit les critiques sur le déficit de transparence du système. Dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes au Nord-Ouest, au Sud-Ouest et dans l’Extrême-Nord, la mise à jour de la carte démographique devient un impératif non seulement économique, mais aussi politique.
En promettant d’accélérer les procédures, le gouvernement tente de rassurer. Mais entre le budget amputé, les précédents engagements non tenus et les doutes sur la couverture réelle du territoire, la crédibilité de ce recensement reste fragile. Si l’opération réussit, elle pourrait offrir au Cameroun une base statistique indispensable pour relancer sa planification économique. Si elle échoue, elle ne fera qu’aggraver un vide démographique déjà lourd de conséquences.

