Trois jours après l’assassinat de l’honorable Abe Michael, député RDPC du Donga-Mantung, dans la région du Nord-Ouest, c’est le silence absolu. Aucun communiqué du parti, aucune réaction officielle, ni du Secrétaire général du Comité central, ni du porte-parole du gouvernement. Rien. Pas même un mot de compassion pour la famille d’un élu de la Nation froidement exécuté par les séparatistes anglophones. Ce mutisme en dit long. Il révèle une vérité dérangeante : au Cameroun, même la mort d’un député n’émeut plus le pouvoir.

Le parti au pouvoir, prompt à se vanter de ses “victoires éclatantes” dans les urnes, se montre incapable de pleurer un de ses propres élus. Le contraste est glaçant : dans cette même région du Nord-Ouest où le RDPC a proclamé des scores soviétiques à l’élection présidentielle du 12 octobre, un député a été kidnappé puis tué, sans que cela ne semble troubler la quiétude des dirigeants du régime.
Faut-il rappeler que le Donga-Mantung est une zone meurtrie, où la population vit dans la peur depuis des années ? Comment comprendre que cette population, censée être terrifiée, aurait massivement voté pour le parti au pouvoir ? Et comment expliquer que trois jours après ce crime, aucune autorité ne s’en émeuve publiquement ?
Ce drame n’est pas un simple fait divers : il incarne le désintérêt total du RDPC pour la vie humaine. Le parti semble avoir oublié que gouverner, c’est aussi protéger, écouter, compatir. À force de mépriser la douleur du peuple, le régime a fini par s’habituer à la mort — qu’elle frappe un paysan, un enseignant ou désormais un député du RDPC lui-même.
Cette indifférence organisée est la même qui entoure les revendications du peuple depuis des décennies. Tant que le pouvoir conserve ses privilèges, le reste peut brûler. On gère le Cameroun comme une entreprise familiale : les tragédies ne deviennent urgentes que lorsqu’elles touchent le sommet. Et encore…
Ce silence autour de la mort de l’honorable Abe Michael est une honte nationale. Il prouve que dans ce système, la fidélité au régime ne garantit même plus la dignité d’une réaction. Un élu de la République est tombé, et son parti détourne le regard.
Pendant que les Camerounais réclament vérité, justice et respect, le RDPC, lui, continue de célébrer sa victoire. Une victoire tachée de sang, d’oubli et d’arrogance.
Au Cameroun, un adage semble désormais s’imposer : “un mort de plus n’est qu’une statistique, tant qu’il ne menace pas le pouvoir.”
Et c’est bien là, le drame de notre République.
