C’est une annonce qui fait l’effet d’un séisme au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) : Léon Theiller Onana, élu et cadre du parti au pouvoir, a officiellement déclaré sa candidature à la présidentielle de 2025 en remplacement de Paul Biya. Dans un manifeste rendu public ce 3 juillet, l’homme rompt avec les silences habituels du parti et prend acte de « l’impossibilité statutaire » pour Paul Biya de briguer un nouveau mandat. Il appelle à un sursaut collectif et affirme incarner une alternative crédible, à l’intérieur même d’un système dont il critique désormais ouvertement les dérives.
Dans un ton inhabituellement grave pour un responsable du RDPC, Léon Theiller Onana dresse un réquisitoire sans détour contre les décennies de gouvernance de son propre camp. Il évoque « quarante-trois années de confiscation des ressources par une minorité », fustige le chômage endémique, la pauvreté et la corruption morale des élites, qu’il accuse d’avoir abdiqué toute velléité de contestation en échange de privilèges. Un diagnostic sans fard qui tranche avec le discours officiel du parti, davantage tourné vers la défense du bilan présidentiel.


Porté par une ambition de rupture, le candidat se veut la voix des « oubliés de la République », des jeunes et des exclus, appelant à une « refondation nationale » basée sur la transparence, la justice et la méritocratie. Il dénonce avec fermeté l’instrumentalisation des clivages ethniques et tribaux à des fins politiques, tout en prônant la réconciliation et le « vivre et manger ensemble », dans une allusion claire à une critique du slogan détourné du régime.
Cette déclaration fracassante soulève d’innombrables interrogations : s’agit-il d’un acte isolé ou du signe d’un courant de dissidence interne au sein du RDPC ? L’annonce intervient alors que le parti n’a toujours pas convoqué son congrès pour désigner un candidat officiel, à moins de six mois de l’élection. Si sa démarche trouve un écho au sein de la base militante et au-delà, Léon Theiller Onana pourrait incarner bien plus qu’une candidature symbolique : une fracture historique dans l’édifice longtemps monolithique du pouvoir camerounais.

