Léon Theiller Onana, conseiller municipal et voix dissidente au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), vient d’essuyer un premier échec dans le bras de fer judiciaire qui l’oppose à l’appareil dirigeant de son propre parti. Le Tribunal de première instance du Centre administratif a décliné sa compétence, se déclarant inapte à juger le fond du contentieux qui oppose l’élu à Paul Biya, président du RDPC.
Cette décision, attendue dans les cercles politiques comme un test de résistance du système judiciaire face à une affaire hautement sensible, repousse encore le moment d’une clarification sur la légitimité des organes dirigeants du parti au pouvoir.
Une bataille juridique loin d’être close
Pour Léon Theiller Onana, ce revers n’est qu’une étape. « Nous ferons appel de cette décision d’incompétence. Rien n’est terminé, au contraire : ça se compliquera plutôt », a-t-il lancé dans une déclaration empreinte de défi. En d’autres termes, la lutte continue. L’affaire devrait être portée devant la Cour d’Appel du Centre, avec la perspective d’atteindre, à terme, la Cour Suprême.
Dans sa démarche, l’élu bénéficie d’un appui juridique stratégique : son avocat, Me Guy Léonard Kamga, a réussi à faire reconnaître par le tribunal le caractère urgent de la procédure, ainsi que la légitimité de son client à engager cette action. Deux points qui, bien que symboliques pour l’instant, donnent du souffle à une contestation inédite.
Mais la bataille de Léon Theiller ne se limite pas aux prétoires. En parallèle, il fait l’objet d’une procédure d’exclusion du conseil municipal, une mesure dont l’origine, selon des sources proches du dossier, remonterait au palais présidentiel. Son tort ? Avoir remis en question, publiquement et sans détour, la capacité du président Paul Biya (âgé de 93 ans) à briguer un nouveau mandat en 2025.
Un tabou brisé, qui lui vaut les foudres de l’appareil. Et pourtant, Léon Theiller assume ses propos. Il persiste et signe, estimant que l’avenir du pays passe par une transition générationnelle. « Si tout le monde veut voir ses enfants grandir, qui sauvera donc la République de cet autisme politique ? », interroge-t-il dans une formule aussi tranchante que révélatrice de sa ligne de pensée.
En défiant frontalement le parti au pouvoir et son chef emblématique, Léon Theiller Onana cristallise un malaise latent dans les rangs du RDPC. Son action, encore isolée, pourrait cependant faire école dans un contexte où l’avenir politique du Cameroun est de plus en plus scruté, à l’approche d’échéances électorales déterminantes.
S’agit-il d’un simple épiphénomène ou du signe avant-coureur d’un frémissement interne ? Pour l’heure, l’intéressé s’accroche à son combat, convaincu que l’histoire jugera. Et que, face à l’immobilisme, la dissidence peut encore trouver sa place dans le débat national.

