À l’approche de l’élection présidentielle prévue pour octobre 2025, le Cameroun fait face à une crise silencieuse mais lourde de conséquences : la défaillance persistante du système de délivrance des cartes nationales d’identité. Une situation qui engendre aujourd’hui l’indignation de plusieurs députés, inquiets des dérives potentielles sur la participation électorale.
Lors de la session parlementaire du 10 juin, le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, a brisé le silence en dénonçant avec une rare fermeté les dysfonctionnements répétés dans le processus d’identification. Dans sa circonscription du Mayo-Sava, comme dans de nombreuses autres localités, les équipements promis tardent à arriver, et les centres d’enrôlement peinent à fonctionner. « L’inaction prolongée des autorités est préoccupante. Comment garantir le droit de vote quand l’identification elle-même devient un parcours du combattant ? » a-t-il lancé, visiblement excédé.
Dans les rangs parlementaires, la critique est désormais unanime. L’honorable Koupit Adamou, député de l’Union Démocratique du Cameroun, dénonce pour sa part un système miné par l’opacité, les retards à répétition, et la multiplication des obstacles logistiques. À ses yeux, il ne s’agit plus de simples lenteurs administratives, mais d’un véritable « verrouillage déguisé » du processus électoral. « Le coût officiel de la carte est de 10 000 FCFA, mais dans les faits, certains citoyens paient jusqu’à 30 000 FCFA. Cela crée une discrimination inacceptable », martèle-t-il.
Les critiques visent en filigrane la gestion du nouveau système d’identification, confié en 2021 à un consortium germano-portugais, Incm-Augentic. Ce partenariat public-privé, soutenu par le Secrétariat général de la présidence, devait marquer une avancée technologique avec la promesse d’une production en 48 heures. Quatre ans plus tard, le constat est amer : les délais explosent, les centres ferment, et les plaintes se multiplient. Dans certaines zones rurales, l’accès à une pièce d’identité est devenu quasi impossible.
Au-delà du seul enjeu administratif, c’est toute la légitimité du scrutin à venir qui se trouve fragilisée. Sans carte nationale d’identité, pas d’inscription sur les listes électorales, et donc pas de vote. Le risque d’exclusion de milliers de Camerounais est réel, d’autant plus que certaines régions, déjà marginalisées, sont les plus touchées par ces blocages.
Ce dysfonctionnement prend une tournure politique explosive dans un contexte où la confiance envers les institutions est déjà mise à rude épreuve. Les soupçons de corruption, de favoritisme, voire d’une « mafia » autour du marché de l’identification, alimentent la colère populaire. Pour beaucoup, cette situation pourrait s’apparenter à une stratégie d’obstruction à peine voilée.
Alors que le compte à rebours électoral s’accélère, les regards se tournent désormais vers le gouvernement et Elecam, l’organe en charge de l’organisation des élections. Les députés réclament des mesures urgentes : le déploiement effectif des équipements, la transparence sur les coûts, et surtout, l’égal accès à l’identification pour tous les citoyens.

