Dans une déclaration aussi brève que percutante, la députée Nourane Fotsing, élue sous la bannière du PCRN, a appelé ce vendredi à la libération d’Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto. “La jeunesse camerounaise demande la libération de Monsieur Olivier Bibou Nissack avant la tenue de prochaines élections. Son acquittement sera un pas vers l’apaisement. Notre génération ne sera pas sacrifiée.” Un message frontal, qui brise le silence ambiant autour de l’une des incarcérations politiques les plus emblématiques de ces dernières années.
Arrêté le 21 septembre 2020 à son domicile de Yaoundé, Bibou Nissack, aux côtés d’Alain Fogué, avait été interpellé à la veille d’une manifestation pacifique initiée par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Ce jour-là, les leaders du parti dénonçaient l’absence de réforme du code électoral ainsi que l’opacité dans la gestion du budget de la CAN. Bien qu’ils n’aient pas pris part aux marches, les deux hommes ont écopé de sept ans de prison. Plus d’une centaine de militants du MRC avaient également été arrêtés dans le même cadre : nombreux croupissent encore dans les prisons du pays, oubliés de l’actualité et du débat public.
Presque quatre ans plus tard, leur détention continue de nourrir un malaise profond dans l’opinion. Les multiples appels à leur libération, émis tant par les partis politiques que par des organisations internationales de défense des droits humains, sont restés lettre morte. Le coup de tonnerre provoqué par la députée Fotsing révèle ainsi une fracture générationnelle : celle d’une jeunesse lassée des faux-semblants, inquiète de voir la répression politique devenir la norme.
À l’approche d’une élection présidentielle décisive, la libération des détenus politiques liés au MRC pourrait constituer un geste fort vers l’apaisement. Mais elle poserait surtout un jalon essentiel dans le rétablissement de la confiance entre citoyens et institutions. Le Cameroun a-t-il encore les moyens de s’en priver ?

