Cameroon

L’UNDP prépare une rupture qui pourrait rebattre les cartes du jeu politique camerounais

Plus de trente ans après avoir tourné le dos à l’opposition à un moment décisif de l’histoire politique du Cameroun, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) semble prête à rompre avec le pouvoir. À l’approche de la présidentielle d’octobre 2025, le parti dirigé par Bello Bouba Maïgari envisage une candidature indépendante, dans ce qui s’annonce comme un tournant majeur.

Le scénario serait presque ironique, s’il n’était pas chargé d’autant d’enjeux. En 1992, les premières élections législatives pluralistes avaient laissé entrevoir la possibilité d’une majorité parlementaire de l’opposition. Mais cet espoir fut brutalement brisé en 1994, lorsque l’UNDP décida de rallier le RDPC de Paul Biya, privant ainsi le pays d’une alternance historique. Depuis, cette alliance contre nature n’a cessé d’alimenter la frustration de nombreux militants et observateurs.

Le retour d’une ambition longtemps contenue

Aujourd’hui, le vent semble tourner. « Personnellement, je suis convaincu que le parti aura son propre candidat en octobre prochain. Très probablement Bello Bouba Maïgari », affirme sans détour Saïdou Maïdadi Yaya, membre du bureau politique de l’UNDP. Pour lui, l’ancien Premier ministre possède « le meilleur profil » et une « grande maîtrise des affaires du pays », ce qui lui permettrait de rallier des soutiens au-delà des frontières partisanes.

Autrement dit, l’UNDP ne veut plus être un rouage du système. Elle ambitionne désormais de redevenir un acteur central, potentiellement fédérateur, dans une opposition souvent éclatée et affaiblie.

Ce repositionnement devrait se clarifier le 28 juin prochain lors d’un Comité central élargi. Une configuration exceptionnelle voulue par Bello Bouba Maïgari lui-même, qui a convoqué non seulement les membres du Comité, mais aussi ceux du Conseil national et du Secrétariat permanent des organes annexes. Un signal fort, qui annonce des décisions majeures.

« Toutes les grandes orientations du parti ont toujours été prises par le Comité central : le boycott électoral de 1997, comme les soutiens à Paul Biya en 2004, 2011 et 2018 », rappelle Maïdadi Yaya. « Cette fois encore, Bello Bouba s’en remettra à cette instance. »

Le fossé entre les deux partis n’a cessé de se creuser ces dernières années, notamment dans l’Adamaoua, bastion historique de l’UNDP. Lors des municipales de 2020, le RDPC a arraché toutes les communes du département du Mbéré, lançant un assaut clair contre son propre allié.

La nomination de Théophile Baoro à la tête de la délégation régionale permanente du RDPC dans l’Adamaoua n’est pas anodine. Il est chargé, de façon à peine voilée, de briser l’hégémonie locale de l’UNDP. L’alliance, déjà fragilisée, semble ainsi avoir franchi le point de non-retour.

Un retour dans l’opposition, ou un repositionnement stratégique ?

La perspective d’une candidature propre à l’UNDP pose une question cruciale : s’agit-il d’un véritable retour dans le camp de l’opposition, ou d’un simple repositionnement tactique à l’approche d’un scrutin incertain ? Car l’ombre de la décision de 1994 plane toujours. Pour de nombreux Camerounais, le parti de Bello Bouba a longtemps été perçu comme un “faux opposant”, un allié du pouvoir dissimulé sous les oripeaux du pluralisme.

Cette candidature pourrait donc être une tentative de réhabilitation, mais elle devra convaincre. D’autant que la présidentielle de 2025 se tiendra dans un contexte d’interrogations croissantes sur l’avenir du régime Biya et sur l’émergence possible d’une nouvelle offre politique.

Un pari risqué pour un homme d’État en fin de parcours

À 76 ans, Bello Bouba Maïgari joue peut-être sa dernière carte. Ministre d’État en charge du Tourisme et des Loisirs depuis deux décennies, il reste un vétéran respecté, mais dont la capacité à incarner un véritable renouveau suscite débat. Pour ses partisans, c’est précisément son expérience qui pourrait stabiliser une transition politique. Pour ses détracteurs, il représente une figure du passé, difficilement dissociable du système en place.

Mais une chose est certaine : si l’UNDP formalise cette rupture, elle signera la fin d’une ère et ouvrira, peut-être, la voie à un nouvel équilibre politique. Une revanche symbolique sur l’histoire de 1994. Et peut-être, pour l’opposition, une seconde chance.

Gilles Noubissi

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