Moins de 48 heures après avoir offert dix camions de riz à l’Extrême-Nord, le régime de Yaoundé vient de doter la Camwater régionale d’un camion-citerne flambant neuf de 10 000 m³. La remise officielle a eu lieu le 12 août 2025 sur l’esplanade des services régionaux de Maroua, en présence du gouverneur Midjiyawa Bakari, qui a confié les clés à Hamidou Yangaï, délégué régional de la société. Officiellement, il s’agit d’une initiative du chef de l’État pour améliorer la distribution d’eau dans une ville confrontée à une pénurie chronique. Officieusement, le geste soulève des interrogations sur l’agenda politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) à moins de deux mois de la présidentielle.

Car cette soudaine « bienveillance » de Yaoundé envers le Grand Nord survient dans un contexte électoral tendu. Le régime en place a récemment perdu le soutien de deux figures majeures de cette région : Issa Tchiroma Bakary, président du FSNC, et Bello Bouba Maigari, leader de l’UNDP. Tous deux sont désormais candidats à l’élection présidentielle et des rumeurs persistantes évoquent une possible coalition entre eux pour tenter de faire basculer un pouvoir que Paul Biya détient depuis 43 ans. Dans ce climat, chaque camion offert, chaque geste public, prend des allures de message adressé à un électorat stratégique.
Pourtant, au-delà du symbole, la réalité reste implacable : un seul camion-citerne ne suffira pas à combler les besoins colossaux en eau potable d’une ville comme Maroua. Les habitants continuent de subir la vétusté du réseau, l’insuffisance des forages et les longues files d’attente aux points d’approvisionnement. Si le geste présidentiel a une valeur médiatique indéniable, il ne répond pas aux enjeux structurels qui condamnent depuis des années l’Extrême-Nord à une gestion de crise permanente.
Cette opération illustre la ligne de crête sur laquelle le RDPC semble évoluer en cette période : multiplier les signaux positifs à destination d’un électorat qu’il a longtemps tenu pour acquis, tout en cherchant à contrer l’érosion de son influence politique. Mais sur le terrain, l’eau et le riz distribués ces jours-ci ne suffiront pas à calmer la soif… ni à étancher la soif de changement qui monte dans les urnes.
