Cameroon

Mines au Cameroun : le projet Minim Martap revalorisé, promesses économiques et zones d’ombre

Les réserves de bauxite du projet Minim Martap, dans la région de l’Adamaoua, viennent d’être réévaluées à 144 millions de tonnes, contre 99 millions initialement, soit une hausse de 33 %. Selon l’étude de faisabilité publiée le 1er septembre par la compagnie australienne Canyon Resources, le gisement présente une teneur exceptionnelle en alumine (51 %) et un faible taux de silice, ce qui place le Cameroun dans le cercle restreint des producteurs de minerai premium. À la clé, une valeur nette actualisée estimée à 835 millions de dollars (515 milliards FCFA) et un taux de rentabilité interne de 29 %.

Cette revalorisation survient alors que la demande mondiale de bauxite explose, tirée par l’essor de l’aluminium dans les batteries de véhicules électriques et les infrastructures liées à l’électrification. Canyon Resources affirme que la qualité de la bauxite de Minim Martap ouvre l’accès aux marchés les plus compétitifs, avec une prime moyenne de 11 dollars la tonne par rapport au prix mondial. Le projet se positionne ainsi comme un atout stratégique pour le Cameroun, qui ambitionne de diversifier ses exportations minières au-delà du pétrole et du gaz.

Mais derrière les promesses de croissance, des interrogations persistent. La société australienne annonce une première extraction dès le premier trimestre 2026 et une montée en puissance de la production jusqu’à 10 millions de tonnes en 2031. Reste à savoir si l’État camerounais, principal actionnaire indirect via sa participation dans les négociations, saura capter une part équitable de ces revenus pour financer le développement local. La transparence autour des contrats, la redistribution des redevances minières et la protection de l’environnement demeurent des points sensibles, souvent sources de tensions dans l’histoire des grands projets miniers du pays.

À l’heure où les investisseurs étrangers renforcent leur présence dans le sous-sol camerounais, Minim Martap devient un test grandeur nature : celui de la capacité du Cameroun à transformer ses richesses naturelles en un véritable levier de prospérité pour ses populations, plutôt qu’en une nouvelle rente accaparée par quelques-uns. Les prochains mois, marqués par le passage à la phase industrielle, seront déterminants pour savoir si ce gisement emblématique tiendra toutes ses promesses ou rejoindra la longue liste des opportunités manquées.

Gilles Noubissi

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