Alors que la contestation gronde après la proclamation controversée des résultats de l’élection présidentielle d’octobre dernier, le Cameroun se retrouve une fois de plus face à ses vieux démons : ceux d’un pouvoir usé, sourd aux aspirations de son peuple, et obsédé par sa propre survie.

Ce jeudi, une publication de Paul Biya sur ses réseaux sociaux a engendré une tempête numérique sans précédent. Dans un message appelant à éviter une « crise post-électorale », il a cherché à endosser le rôle du garant de la paix. Mais sa sortie a eu l’effet inverse : plus de 300 000 commentaires négatifs ont inondé ses différentes plateformes, exprimant la colère d’un peuple qui ne croit plus à la parole officielle.
Pour beaucoup de Camerounais et selon les vrais résultats des PVs publiés, le véritable vainqueur du scrutin est Issa Tchiroma Bakary, dont la victoire a été confisquée par les institutions électorales, ELECAM et le Conseil constitutionnel, largement perçues comme inféodées au régime.
Les réactions ne se sont pas fait attendre : organisations de la société civile, diaspora et observateurs internationaux dénoncent un processus électoral biaisé, entaché de fraudes et de violences. Les rapports de Human Rights Watch et d’autres ONG font état de centaines de morts, de milliers d’arrestations et de nombreux blessés lors des manifestations post-électorales réprimées par l’armée.
Malgré cette situation explosive, Paul Biya continue d’adopter un ton de surplomb, minimisant la gravité de la crise et s’enfermant dans un déni politique inquiétant. Son attitude illustre la dérive d’un pouvoir personnalisé, plus préoccupé par la conservation de ses privilèges que par la stabilité du pays.
Avec un huitième mandat contesté et une légitimité fragilisée, le président camerounais semble désormais incarner l’image d’un régime figé dans le passé. En refusant d’écouter la rue, en écartant la vérité des urnes, il met en péril l’unité nationale et hypothèque l’avenir d’une jeunesse déjà désabusée.
Le Cameroun, pays longtemps cité comme bastion de stabilité en Afrique centrale, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : entre la persistance d’un système autoritaire et l’espoir d’une renaissance démocratique que réclament des millions de voix.