Les prêts en ligne se multiplient au Cameroun et s’installent comme une manne pour des opérateurs sans scrupules. Ces plateformes promettent de l’argent facile en quelques clics. En réalité, elles organisent un racket moderne : taux prohibitifs, frais cachés, pressions constantes et menaces. Les victimes, souvent celles qui n’ont pas d’accès au crédit bancaire, se retrouvent piégées et humiliées par ces entreprises qui selon nos recherches, appartiendraient pour la plupart à des chinois soutenus par des camerounais.

Parmi les applications les plus utilisées, on retrouve Mumu Cash, Crédit Levier, Écoprêt, Crédit Max ou encore Crédit Soleil. Le procédé est toujours le même : démarcher au hasard, vanter un crédit simple et rapide, avec un taux d’intérêt soi-disant faible et des délais de remboursement longs. Mais dès que l’argent est versé, la mécanique frauduleuse se dévoile. Selon le témoignage d’une ancienne agente de recouvrement, la plupart de ces plateformes appartiendraient à une seule et même personne, un ressortissant chinois installé dans la région.
Dans la pratique, le taux grimpe parfois jusqu’à 55 %, et le remboursement est exigé en une semaine seulement. De plus, le montant prêté n’est jamais celui qui est réellement versé. René, un débrouillard de Douala, raconte : « J’ai demandé un prêt de 20 000 FCFA, on m’a versé seulement 15 000. Mais on m’exigeait de rembourser 39 000 après une semaine. Quand j’ai refusé, ils ont fouillé dans mon répertoire et appelé mes proches pour me salir. Après, j’ai commencé à recevoir des menaces de mort. »
Un autre témoin rapporte avoir sollicité 40 000 francs CFA. Le contrat indiquait un remboursement de 41 000 en un mois. Mais quelques jours plus tard, les appels se sont multipliés, exigeant des paiements supplémentaires, toujours plus lourds. Une autre victime a découvert qu’on avait déposé de l’argent sur son compte sans son accord, avant d’être harcelée pour le restituer avec intérêts. Ces témoignages révèlent un système pensé pour piéger et écraser psychologiquement les emprunteurs.
En Côte d’Ivoire, la police a récemment frappé fort en démantelant plusieurs de ces réseaux. Des perquisitions ont permis de mettre la main sur du matériel sophistiqué, notamment des Simbox capables de faire croire que les appels proviennent du pays alors qu’ils émanent de l’étranger. Ces enquêtes prouvent que ces escroqueries fonctionnent comme de véritables entreprises structurées. Mais au Cameroun, rien de tel : pas de démantèlements connus, pas de communication officielle. Le phénomène dure depuis des années et continue de faire des victimes.
Beaucoup de Camerounais pris au piège sont aujourd’hui dépressifs, écrasés par la pression permanente des appels et des menaces (parfois de mort) proférées par des agents de recouvrement payés pour intimider. Derrière les chiffres, ce sont des vies brisées, des familles humiliées et des citoyens abandonnés.
L’écart est flagrant : là où les autorités ivoiriennes communiquent et agissent, les victimes camerounaises se heurtent à un silence total. La police ne dit rien, et le gouvernement ne présente aucune stratégie nationale de lutte. Cette inaction nourrit la prolifération de ces plateformes frauduleuses, qui prospèrent au vu et au su de tout le monde.
Tant que l’État n’imposera pas de règles strictes, n’assurera pas des contrôles réguliers et ne protégera pas effectivement les citoyens, ces réseaux continueront de prospérer. Les Camerounais ne demandent pas des promesses creuses : ils réclament des actes, et vite.