Le 9 juillet 2025 restera comme une date charnière dans l’histoire maritime du Cameroun. Pour la première fois, quatre navires de classe mondiale ( le MSC China (400 m), l’APL Mexico City (328 m), le CMA CGM Jacques Junior (300 m) et le vraquier Lady Babu (176 m) ) ont simultanément accosté aux quais du port en eau profonde de Kribi. Une prouesse logistique saluée par l’ensemble des acteurs portuaires, qui marque le passage du site de la simple ambition à une réalité pleinement opérationnelle. Avec cette manœuvre réussie, Kribi ne se contente plus de rêver grand : il s’impose comme une plateforme logistique majeure sur le Golfe de Guinée.
Sous la houlette de son directeur général Patrice Melom, le port franchit un nouveau cap à peine deux mois après le lancement officiel de sa Phase 2. Cette étape cruciale, qui a permis l’élargissement des quais et l’optimisation des équipements, semble déjà porter ses fruits. Grâce à une profondeur naturelle de 16 mètres et des portiques STS de dernière génération, l’opération s’est déroulée sans accroc, démontrant la capacité du port à accueillir les plus gros porte-conteneurs du monde sans transbordement intermédiaire. Un atout stratégique de taille, alors que la concurrence s’intensifie entre hubs portuaires africains.
Mais derrière cette démonstration de force, plusieurs interrogations demeurent. Kribi saura-t-il maintenir ce niveau de performance sur la durée, dans un environnement régional encore peu intégré logistiquement ? Le port dispose certes d’infrastructures modernes, mais l’arrière-pays, lui, reste confronté à des défis en matière de connectivité ferroviaire, de fluidité douanière et de transparence administrative. Autant d’obstacles qui pourraient freiner le potentiel de transformation économique vanté par les autorités.
Reste que ce 9 juillet marque un tournant. Non pas seulement pour Kribi, mais pour le Cameroun tout entier, qui affiche ici l’image d’un pays capable de se hisser aux standards logistiques internationaux. À condition de ne pas confondre performance ponctuelle et succès structurel, le pays pourrait bien s’inscrire durablement sur les grandes routes maritimes du monde. Encore faut-il que les réformes suivent la cadence des grues.

