Face à des dépenses publiques de plus en plus lourdes, notamment en matière de sécurité, de remboursement de la dette et d’investissements sociaux, le gouvernement camerounais projette de collecter 450 milliards FCFA de recettes non fiscales d’ici 2028, contre 300 milliards en 2024. Ce bond de 50 %, inscrit dans le Document de programmation économique et budgétaire 2026–2028, traduit une volonté claire de renforcer les ressources internes de l’État, en s’appuyant sur des mécanismes alternatifs à la pression fiscale classique. L’objectif : atteindre 75 % du potentiel total estimé à 600 milliards FCFA selon les estimations de l’administration fiscale.
Pour parvenir à ce cap ambitieux, le ministère des Finances mise sur un élargissement ciblé de la base des recettes non fiscales, qui englobent une large palette de frais administratifs : obtention de documents, amendes, loyers d’immeubles publics, concours administratifs ou encore actes judiciaires. Mais l’innovation viendra surtout de nouvelles sources de prélèvements : des frais de visa sur les contrats de travail des experts étrangers équivalents à 5 % des honoraires, des pénalités pouvant atteindre trois mois de salaire brut pour les contrats non régularisés, ou encore des amendes allant jusqu’à un million FCFA pour les opérateurs sanctionnés dans les marchés publics.
Ce durcissement du cadre financier ne s’arrête pas là. Désormais, ouvrir un centre de formation professionnelle coûtera 150 000 FCFA, exploiter un film 200 000 FCFA par an, et obtenir un certificat électronique du ministère des Marchés publics 100 000 FCFA annuels. Tous ces paiements devront transiter par la plateforme numérique Trésor Pay, déployée depuis 2023 pour moderniser le recouvrement des recettes et lutter contre la corruption dans l’administration.
Si la stratégie peut sembler techniquement fondée, elle soulève cependant plusieurs interrogations : dans un contexte de ralentissement économique, ces mesures ne risquent-elles pas d’alourdir les charges des citoyens et des opérateurs économiques, déjà confrontés à une inflation persistante et à une pression fiscale jugée excessive ? Entre impératifs budgétaires et acceptabilité sociale, le défi du gouvernement sera d’opérer un équilibre délicat entre efficacité de recouvrement et préservation du climat des affaires.

