Cameroon

Route Maroua–Mora–Kousseri : 200 kilomètres d’abandon, 200 kilomètres de souffrance

C’est une artère stratégique pour tout le bassin du Lac Tchad. Reliant Maroua à Kousseri en passant par Mora, cette route longue d’environ 200 kilomètres est censée être un couloir vital de circulation entre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria. Mais aujourd’hui, elle est devenue un véritable cauchemar pour les usagers. À chaque saison des pluies, le bitume cède la place à un enfer de boue, de crevasses et de pistes impraticables. Et cette année encore, les premières averses annoncent un désastre.

À peine tombées, les pluies transforment la route en un bourbier sans fin. Véhicules embourbés, camions couchés, passagers en détresse… Les scènes sont les mêmes chaque jour. Le voyage qui ne devait durer que deux heures sur une voie normalement entretenue s’étire désormais sur plus de douze heures, parfois même jusqu’au lendemain, contraignant des familles entières à passer la nuit au bord de la route, exposées aux intempéries… et à l’insécurité.

Les commerçants sont parmi les plus touchés. Cette route constitue l’un des principaux axes de transit des marchandises entre Ndjamena, Kousseri, Maroua, Maiduguri et Mora. Mais aujourd’hui, beaucoup sont contraints de contourner par Yagoua, via Bongor au Tchad, pour atteindre la capitale tchadienne avant de redescendre à Kousseri. Une déviation longue et coûteuse. « Passer par Bongor, c’est augmenter les charges. Les frais de manutention sont presque inaccessibles pour nous. Les marchandises arrivent en retard, parfois avariées », se plaint Alhaji Mahamat, un commerçant en provenance de Maroua.

Pour les transporteurs, les pertes sont énormes : pannes mécaniques, retards de livraison, hausse des prix du carburant, sans compter les pénalités contractuelles. Beaucoup renoncent purement et simplement à prendre cette route en saison de pluie.

L’État a plusieurs fois annoncé des travaux de réhabilitation. Des équipes techniques ont été aperçues, du matériel déplacé… mais jamais de véritable lancement de chantier. Les populations locales dénoncent un simulacre d’engagement. « On ne demande pas un miracle, mais au moins une route praticable. Chaque année c’est la même comédie », lâche un conducteur de bus, exaspéré, à l’entrée de Mora.

À cette situation déjà dramatique, s’ajoute le spectre de l’insécurité. Les longues heures d’attente sur la route, souvent en zones non sécurisées, exposent les voyageurs aux attaques. Des bandes armées, dont des éléments de Boko Haram, continuent d’imposer leur loi dans certaines portions isolées du trajet. Des attaques de véhicules, enlèvements et vols ont été enregistrés ces derniers mois, renforçant la peur dans les esprits.

Face à cette dégradation généralisée, les autorités locales restent en retrait, sans annonce officielle ni plan de sauvetage clair. Pendant ce temps, des milliers de citoyens, commerçants, transporteurs, et simples voyageurs, subissent un calvaire quotidien. La route Maroua–Mora–Kousseri, au lieu de relier, isole. Elle étouffe l’économie locale, met en péril des vies, et symbolise à elle seule l’abandon d’une région pourtant cruciale pour le développement transfrontalier.

Bachirou Elhadj BDO

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