Opinion

Sob Amyn Fouejeu dénonce l’échec du plan d’urgence et la dérive du pouvoir

Dans une tribune virulente, l’analyste politique Sob Amyn Fouejeu critique la gestion du plan d’urgence triennal (2015-2017), symbole selon lui d’un modèle économique épuisé et d’une gouvernance en perte de crédibilité. Dix ans après son lancement, les promesses de transformation structurelle du Cameroun se sont muées en fardeau financier.

Lancé en 2015, le plan d’urgence triennal du Cameroun devait impulser une croissance forte et durable grâce à des investissements massifs dans l’énergie, les transports et les télécommunications, pour un montant estimé à 925 milliards de francs CFA. Ce programme, soutenu à ses débuts par les institutions internationales, visait à faire passer la croissance nationale de 6 à 8 % par an. Mais le retrait du FMI et de la Banque mondiale, sur fond de déficit budgétaire de 4,5 % du PIB, a fragilisé sa mise en œuvre et précipité un recours risqué aux marchés financiers.

En novembre 2015, le gouvernement émettait son premier Eurobond pour un montant de 1,2 milliard de dollars, espérant attirer les investisseurs internationaux. L’opération tourne court : seuls 750 millions sont levés, à un taux d’intérêt de 9,75 %, l’un des plus élevés du continent à l’époque. Ce coût du crédit, combiné à la faiblesse des recettes fiscales et à la lenteur des réformes, a rendu le programme insoutenable. L’Eurobond a dû être refinancé en 2021, et le pays doit encore rembourser 31 milliards de francs CFA avant la fin novembre 2025.

Pour Sob Amyn Fouejeu, cet épisode résume la faillite d’un modèle de gouvernance incapable de transformer les ressources mobilisées en résultats tangibles. Dans sa tribune, il dénonce “un gouvernement en perte de vitesse, prisonnier d’accords politiques entre copains et coquins”, et estime que ceux qui briguent aujourd’hui des postes ministériels “n’agissent pas pour le peuple, mais pour préserver un système à bout de souffle”. Ses propos, jugés sévères mais lucides, résonnent dans un contexte de stagnation économique, d’endettement croissant et de confiance internationale érodée.

Dix ans après, le bilan du plan d’urgence reste contrasté : quelques projets achevés, mais une industrialisation toujours en suspens et des inégalités persistantes. L’analyste appelle à une refondation du pacte social fondée sur la transparence, la discipline budgétaire et la relance de la production nationale. Car, conclut-il, “le Cameroun n’a plus besoin d’ajustements politiques, mais d’une véritable refondation économique et morale”.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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