Le géant américain de l’Internet par satellite, Starlink, propriété de SpaceX fondée par Elon Musk, tente un retour encadré au Cameroun. Après une suspension brutale de ses activités en 2024 pour absence d’autorisation légale, une délégation de la firme a été reçue le 27 juin 2025 par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng. En toile de fond de cette rencontre : la relance officielle du processus d’agrément, dans un contexte où les débats sur la souveraineté numérique et la concurrence loyale restent entiers.
En 2024, Starlink avait suscité l’ire des autorités en contournant les circuits réglementaires. Son service, bien qu’interdit, était accessible via des antennes importées et enregistrées à l’étranger, exploitant une faille du système d’itinérance. Une pratique jugée subversive par l’État, notamment du fait de l’absence de contrôle sur les équipements et du flou sur la gestion des données. Le directeur général des douanes n’avait pas mâché ses mots, appelant à une traque systématique des matériels Starlink, perçus comme une menace pour la sécurité nationale.
Mais entre crispations réglementaires et appétit pour l’innovation, les lignes semblent désormais bouger. L’intérêt stratégique d’une connectivité haut débit et sans infrastructure terrestre devient difficile à ignorer, surtout dans les zones rurales délaissées par les opérateurs classiques. Le partenariat récemment noué entre Orange et Starlink à l’échelle africaine vient aussi rebattre les cartes, réduisant les tensions autour d’une possible “concurrence déloyale”.
Il reste que la légalisation de Starlink au Cameroun pose un dilemme majeur : comment encadrer un acteur technologique qui bouscule les schémas classiques, sans brader la souveraineté numérique ni déséquilibrer un marché déjà oligopolistique ? La reprise des discussions offre une fenêtre d’opportunité, mais elle exige de l’État une vigilance technique, juridique et stratégique. Car dans ce bras de fer feutré entre ouverture à l’innovation et protection des intérêts nationaux, l’enjeu n’est pas seulement commercial — il est politique.

