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Tribune/Wilfried EKANGA: « Le foot, ce n’est pas la politique !» N’est-ce pas ?

Dans un pays normal, à l’occasion du match d’ouverture contre le Burkina, les Lions Indomptables auraient au moins pu porter des brassards commémoratifs, en hommage aux victimes du NOSO.

« Dans un pays normal ». La précision est importante.

Car avant que les illuminés (ceux qui estiment que les autres aspects de la vie doivent s’arrêter parce qu’il y a foot) ne viennent s’agiter sous ce texte, il est important de rappeler que le nouveau président de la Fecafoot n’a lui-même jamais fait dans l’à peu près quand il s’agissait de manifester contre les injustices à travers le monde.

La grande surprise de l’histoire en fait, c’est son ÉNORME SILENCE sur les injustices de son propre pays.

MORCEAUX CHOISIS

Il a suffi que le journal “l’Equipe” qualifie son ami Thierry Henry d’ « Antillais » en juin 2020 pour qu’il réponde dans un tweet : « Les Antillais ont gagné la Coupe du Monde – Merci Titi ! ». Et lorsqu’en février 2006 il avait lui-même été victime de cris racistes lors d’un match entre le FC Barcelone et Saragosse, il avait décidé de quitter le terrain, avant que les joueurs et l’arbitre ne le supplient de rester.

Plus tard, après la mort de Georges Floyd à Minneapolis, lâchement tué par un policier blanc, les paroles de l’ex numéro 9 avaient de nouveau fait l’actualité, puisqu’il a même toujours été un grand partisan du boycott en réponse au racisme. Voici ce qu’il dit (et le plus drôle c’est qu’il a raison) :

« Il faut que les joueurs de couleurs disent qu’on ne joue pas. Beaucoup de gens vont perdre de l’argent. Quand tu touches à la poche de quelqu’un, je vais te dire qu’il va trouver la solution. »

Sauf que cet aspect-là de l’histoire, les fanatiques ne le savent pas.

Eux qui se réjouissent aujourd’hui que la CAN se tienne (et qu’elle soit même sucrée) alors que de nombreux compatriotes ont payé de leur liberté parce qu’ils ont osé revendiquer pour eux ce bonheur-là ; le bonheur pour cette génération d’abriter une compétition que la médiocrité du régime a toujours éloignée de nous depuis 1972.

LA LEÇON :

Cessez donc de répéter comme des ânes que « le football n’est pas la politique ». Nous espérons tous que le Cameroun remporte le tournoi ; le problème c’est que vous serez les premiers à oublier le volet sportif pour gratifier Biya de tous les honneurs : il sera le plus beau, le Grand Bâtisseur (malgré le glissement), le Béni des Dieux…. et vous n’hésiterez pas à préciser que « les jaloux vont maigrir », et que « Kamto ne sera jamais président. »

Ça s’appelle la misère mentale. La formule de la girouette. L’art du raisonnement tordu, en fonction de la direction du vent.

Cela fait cinq ans que le sang ruisselle comme du vinaigre à gauche du Mungo. Et même pendant la CAN, d’innocentes familles, bébés, femmes enceintes, seront dans la forêt en train de fuir les balles des séparatistes et des militaires, dans un conflit idiot créé en 2016 et déclaré en 2017 par Biya. Le minimum aurait été d’arborer des brassards noirs pour leur dire : « On pense à vous. Et on dédiera chacun de nos match au retour à la paix ; car rien ne vaut la paix. »

Hélas, les Camerounais, joueurs et populace confondus, ont décidé d’éteindre leurs cerveaux pour le football. Car c’était, c’est, et ça restera l’opium du peuple.

EN BREF :

Heureusement que tout le monde n’a pas choisi de céder à l’hypnose collective. Soutenir son pays n’a jamais demandé qu’on oublie toutes les horreurs qui s’y passent.

Au contraire nous aimons tellement notre pays que ces horreurs nous obsèdent jour et nuit, et que nous n’arrivons pas à passer à autre chose tant qu’elles ne sont pas résolues. Il n’y a pas de plus grand patriotisme que celui-là.

Et même si tu aimes voir 22 millionnaires poursuivre une boule de cuir blanche, tu peux au moins souhaiter qu’ils pensent à ceux qui, ailleurs dans le pays, ne sont même pas certains d’être encore vivants à la fin du match.

EKANGA EKANGA CLAUDE WILFRIED.

(Même quand c’est facile ils ne font pas ; des brassards commémoratifs auraient été le minimum syndical… dans un pays normal).

Mimi Mefo Info

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