Selon le confrère investir au Cameroun, la Communauté urbaine de Yaoundé vient d’attribuer à Thychlof Sarl un contrat de 16 milliards FCFA, par procédure de gré à gré, pour la collecte des déchets dans les arrondissements de Yaoundé 3ᵉ et 6ᵉ. Une décision qui fait suite à l’appel d’offres international lancé en urgence en juin 2024, dont le lot concerné avait été déclaré infructueux. Les trois autres lots, d’un montant cumulé de plus de 45 milliards FCFA, avaient été remportés par le géant Hysacam.

Thychlof, encore en phase de mobilisation, négocie actuellement un prêt bancaire de 3 milliards FCFA afin d’acquérir du matériel en Chine. Le contrat, d’une durée de cinq ans (dont une première année ferme et quatre autres sous conditions) devrait permettre à l’entreprise de s’implanter durablement dans un secteur dominé depuis des décennies par Hysacam. Mais l’attribution en gré à gré, dans un domaine aussi sensible que la salubrité urbaine, soulève déjà des interrogations sur la transparence et la capacité réelle du nouvel opérateur à répondre aux exigences du marché.
Le choix de Thychlof intervient dans un contexte critique. Yaoundé fait face à une crise chronique de gestion des déchets : explosion démographique, incivisme, insuffisance de financement et retards de paiement minent la chaîne. L’État supporte 85 % des coûts, mais les lenteurs dans le reversement des ressources, y compris celles issues du droit d’accise instauré en 2019, compromettent la stabilité financière des prestataires. Entre 2020 et 2022, ce prélèvement a pourtant généré plus de 60 milliards FCFA, dont 32,2 milliards en 2022, sans pour autant résoudre l’équation.
Alors que les États généraux sur la gestion des déchets, convoqués en mai dernier, devaient ouvrir la voie à des solutions durables, la multiplication des dépotoirs publics continue d’exposer les habitants à des risques sanitaires majeurs. Si le contrat attribué à Thychlof peut être vu comme une tentative d’élargir l’offre et de réduire la dépendance à un seul acteur, il met aussi en lumière la fragilité d’un système où la gouvernance et la pérennité financière pèsent autant que la collecte elle-même. Reste à voir si cette nouvelle attribution relèvera le défi ou ne fera qu’ajouter une couche d’incertitude à une situation déjà critique.