Dans la nuit du samedi 9 août, l’Hôpital Général de Yaoundé a accueilli une cinquantaine de blessés, hommes, femmes et enfants, victimes d’un accident sur l’axe lourd Yaoundé-Douala. La réaction des équipes médicales a été rapide et coordonnée, permettant de maîtriser la situation malgré le nombre élevé de patients, comme le précisait le communiqué officiel de l’hôpital. Plusieurs personnes ont déjà regagné leur domicile, tandis que d’autres restent en observation .
Un axe routier meurtrier devenu chronique
L’axe reliant Yaoundé à Douala, via la route nationale 3, est tristement célèbre pour sa dangerosité. En 2024, les sept premiers mois ont été le théâtre de 78 accidents, provoquant 42 morts et 134 blessés . En 2022, ce même axe a enregistré 1 500 accidents pour plus de 300 décès, selon la Direction Générale des Transports .
Les tragédies ne manquent pas : en mai 2023, une collision entre un bus et un camion à hauteur d’Édéa a fait 16 morts . Plus récemment, dans la nuit du 9 avril 2025, un bus de l’agence United Express a percuté un camion en panne près d’Édéa, faisant près de dix morts et de nombreux blessés . Et le 27 mai 2025, un carambolage impliquant une dizaine de véhicules à Matomb a causé plusieurs morts (certaines sources évoquent cinq décès sur place) et paralysé la circulation dans les deux sens .
Les causes : infrastructure, comportement et prévention défaillante
Les raisons de cette catastrophe routière récurrente sont multiples :
État des routes : la RN 3 souffre de nids-de-poule, de défauts de signalisation, et d’un entretien insuffisant .
Comportements à risque : vitesse excessive, conduite de nuit, incivisme, fatigue et parfois absence de visibilité des véhicules arrêtés sont fréquemment pointés du doigt .
Infrastructures de sécurité insuffisantes : absence de contrôles routiers efficaces, de radars, de zones de repos ou de parking sécurisés, et signalisation défaillante .
L’autoroute Yaoundé-Douala, un espoir…
Pour alléger la pression et améliorer la sécurité, le gouvernement a lancé la construction d’une autoroute moderne en deux phases. Le premier tronçon (Yaoundé–Bibodi) a été mis en service partiellement fin 2021, réduisant le temps de trajet entre les deux villes de plus de 4 heures à seulement 2 h 15 . Le reste du tracé est toujours en travaux, financé majoritairement par la China Eximbank .
Témoignages : entre peur et fatalité
Sur les réseaux sociaux, les usagers n’en peuvent plus :
“On vit avec la peur. Chaque voyage, c’est un risque”, confiait un chauffeur de bus à la gare routière de Mvan lors d’un précédent reportage.
“Une route très mauvaise”, commente un internaute sur Reddit au sujet des voies autour de Yaoundé.
“Passer par Yaoundé”, recommande-t-on plutôt que prendre des routes à l’état déplorable .

Le bilan du 9 août est encore en cours de consolidation, mais il relance avec acuité la question de la sécurité routière au Cameroun. Collection de tragédies, cet axe lourd national reflète un problème structurel : tant que l’aménagement des routes, la sensibilisation, les moyens de contrôle et les infrastructures de substitution comme l’autoroute ne seront pas pleinement opérationnels, d’autres drames sont à craindre.
