Cameroon

Blé « derrière les maisons » : trois ans après l’appel de Madeleine Tchuente, où en est la promesse ?

En mars 2023, la ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Madeleine Tchuente, lançait une proposition qui avait surpris plus d’un observateur : encourager les Camerounais à cultiver du blé derrière leurs maisons afin de réduire la forte dépendance du pays aux importations.

« Nous voulons que chaque Camerounais cultive le blé derrière sa maison », déclarait alors la membre du gouvernement, suggérant même la culture en jardinière comme solution domestique pour lutter contre la flambée mondiale des céréales.

Trois ans plus tard, la question revient avec insistance : qu’est devenue cette ambition ?

Une dépendance toujours forte au blé importé

Au moment de cette déclaration, les chiffres étaient déjà parlants. Entre 2012 et 2017, le Cameroun avait dépensé plus de 548 milliards de FCFA pour importer du blé. En 2020 seulement, environ 860 000 tonnes avaient été importées pour un coût estimé à 156 milliards de FCFA.

L’idée portée par la Minresi visait donc à stimuler une production locale, même modeste, afin de réduire progressivement cette dépendance.

Mais sur le terrain, aucun programme national visible de culture domestique du blé n’a véritablement émergé. Ni distribution massive de semences, ni campagne nationale d’accompagnement technique n’ont marqué les esprits dans les quartiers urbains ou les villages.

Au-delà du débat politique, plusieurs spécialistes rappellent que la culture du blé au Cameroun reste agronomiquement exigeante.

Selon les indications du ministère de l’Agriculture, les zones les plus favorables se situent principalement :

sur les hauts-plateaux de l’Ouest et du Nord-Ouest,

dans les savanes de l’Adamaoua et du Nord.

Le blé nécessite des températures relativement fraîches et un cycle de production compris entre 90 et 120 jours, avec des besoins importants en fertilisants.

Autant de contraintes qui rendent difficile l’idée d’une généralisation dans les concessions familiales, notamment dans les grandes villes du littoral comme Douala.

Une question sur l’action scientifique

Cette séquence relance plus largement le débat sur le rôle du ministère dirigé par Madeleine Tchuente. À la tête de la Recherche scientifique depuis plus de deux décennies, la ministre a piloté plusieurs programmes de recherche agricole et technologique.

Mais pour certains observateurs, les retombées visibles dans la vie quotidienne des Camerounais restent peu perceptibles.

Dans un contexte où le pays cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire, la question se pose avec acuité :
la recherche scientifique nationale est-elle suffisamment connectée aux besoins économiques et agricoles du pays ?

L’idée de produire localement le blé n’est pas absurde en soi. Plusieurs pays africains tentent aujourd’hui de développer des variétés adaptées aux climats tropicaux pour réduire leur dépendance aux marchés internationaux.

Mais au Cameroun, l’initiative lancée en 2023 semble être restée plus symbolique que structurante.

Trois ans après, le débat mérite donc d’être reposé :

Où en sont les recherches sur le blé local ?

Des semences adaptées ont-elles réellement été développées ?

Quels résultats concrets la recherche scientifique camerounaise peut-elle revendiquer aujourd’hui ?

Autant de questions qui renvoient à un enjeu plus large : la capacité de l’innovation nationale à produire des solutions visibles pour l’économie et l’alimentation des Camerounais.

Gilles Noubissi

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