Opinion

Calixthe Beyala s’attaque aux critiques du meeting de Maurice Kamto à Paris

Alors que le meeting du leader de l’opposition camerounaise Maurice Kamto, tenu le 31 mai sur la place de la République à Paris, continue de susciter des réactions vives au sein de la sphère politique proche du pouvoir, l’écrivaine franco-camerounaise Calixthe Beyala est sortie de sa réserve. Dans une tribune diffusée ce dimanche, elle dénonce ce qu’elle qualifie de “mépris” envers la diaspora et s’attaque à ce qu’elle perçoit comme une volonté d’étouffer le débat démocratique au Cameroun.

À travers un propos tranchant, l’autrice de C’est le soleil qui m’a brûlée rappelle que si les opposants camerounais avaient la liberté de s’exprimer et de se mobiliser dans leur propre pays, aucun n’aurait besoin de recourir à des rassemblements sur le sol européen. « On nous brandit des chefs d’accusation tels que ‘trouble à l’ordre public’ pour faire taire toute voix discordante », déplore-t-elle.

Pour Beyala, les manifestations politiques organisées en France par des figures de l’opposition africaine ne sont pas un phénomène isolé ni spécifiquement camerounais. « Depuis des années, la diaspora africaine s’organise au-delà des frontières nationales pour défendre des causes communes », fait-elle valoir, citant le soutien transnational apporté à Laurent Gbagbo durant sa détention à la Cour pénale internationale, ou encore la mobilisation contre l’intervention militaire en Libye.

Dans son intervention, Beyala fustige également les propos méprisants tenus à l’encontre des Camerounais de l’étranger, souvent qualifiés de “sans-papiers” par certains responsables ou militants proches du régime. « Même confrontés à la précarité, ces hommes et femmes contribuent au développement du Cameroun, en soutenant économiquement leurs familles restées au pays », rappelle-t-elle, soulignant leur rôle essentiel dans la survie de nombreuses communautés.

Quant aux accusations portées contre Maurice Kamto, qu’on accuse de « brader la souveraineté du Cameroun », l’écrivaine y voit une diversion. Elle invite plutôt à s’interroger sur les décisions prises par les gouvernements successifs en matière d’exploitation des ressources ou de choix monétaires. « Kamto n’a pas vendu les chemins de fer à Bolloré, ni le fer camerounais à la Chine », ironise-t-elle, évoquant un bilan plus large de dépendances économiques déjà bien installées.

Au-delà de la joute politique, le message de Calixthe Beyala se veut un appel à plus de justice et de dignité pour la jeunesse camerounaise. « La véritable leçon, c’est qu’il faut permettre aux opposants d’exister librement dans leur pays et offrir à la jeunesse des raisons d’y rester », conclut-elle, en évoquant le drame récurrent des migrations clandestines.

Dans un climat politique où l’espace démocratique reste étroit, la voix de Beyala, bien que littéraire, s’inscrit dans une dynamique citoyenne plus large, où la diaspora, souvent marginalisée, cherche à peser sur l’avenir du pays.

Gilles Noubissi

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