Il y a des rumeurs qui meurent d’elles-mêmes. Et puis il y a celles qui survivent aux années, aux équipes dirigeantes, aux communiqués officiels. Autour du COMICA, une accusation grave revient avec une régularité troublante : celle de pressions occultes, parfois assimilées dans l’opinion à des formes de “placement” imposé à certaines jeunes filles élues Miss Cameroun.
Aucune décision de justice n’est venue, à ce jour, établir formellement de tels faits. Mais leur persistance dans le débat public est en soi un symptôme. Car à chaque crise, à chaque destitution, ces soupçons refont surface, amplifiés par le silence ou par des réponses jugées trop administratives face à des interrogations profondément humaines.
La destitution récente de Josiane Harangada Golonga, Miss Cameroun 2025, a ravivé cette plaie. Officiellement, le Comica évoque quatre griefs : absences répétées à des événements, propos et attitudes considérés comme irrespectueux envers l’institution, cessation unilatérale des activités liées à son mandat et recours à un manager personnel en violation des clauses contractuelles. Une lecture juridique, froide, presque mécanique.
En face, la défense parle d’un retrait motivé par la nécessité de se protéger contre des abus, des traitements marqués par la marginalisation et des injures liées à ses origines septentrionales. Elle évoque intimidations et confiscation de certains avantages liés à son statut. Dans l’opinion, ces versions opposées ne s’annulent pas : elles s’entrechoquent et nourrissent le doute.
Des universitaires comme le Pr Félicité Owona Mfegue s’interrogent sur la légitimité d’une institution qui retire une couronne alors que, symboliquement, c’est le peuple qui élit. Des voix influentes comme celle de Steve Fah défendent l’image d’une jeune femme restée fidèle à sa peau noire, à sa dignité, loin des stéréotypes associant la réussite des Miss aux hôtels de luxe et aux compromis silencieux.
Mais au-delà du cas individuel, une question plus lourde se pose : pourquoi ces soupçons de pressions à caractère sexuel ou de “réseaux” occultes reviennent-ils avec autant d’insistance dans l’imaginaire collectif ? Pourquoi cette idée qu’une couronne pourrait cacher des exigences inavouées continue-t-elle de circuler, sans qu’une communication forte, transparente et pédagogique ne vienne la dissiper durablement ?
L’histoire du concours n’est pas vierge de turbulences. Avant 2025, d’autres destitutions ont marqué les esprits : Agathe Pascaline Nomgne en 2002, Anne Lucrèce Ntep en 2009, Julie Cheugueu Nguimfack en 2016. Audrey Aboula, dauphine 2016, avait même choisi la démission avant de publier un livre au titre évocateur, racontant l’envers du décor. Béatrice Doudou, Miss Afrique 2017 et dauphine 2018, parle elle aussi de “réalités souvent cachées”.
Trop de récits, trop de fractures, pour que l’on balaie d’un revers de main le malaise ambiant.
Le plus préoccupant reste l’effet sur les jeunes candidates. Dans les lycées, les universités, dans les familles, une inquiétude s’installe : faut-il encore encourager nos filles à se lancer ? Le rêve d’ascension sociale, d’engagement, de représentation nationale, se trouve désormais accompagné d’une question silencieuse : à quel prix ?
Une institution chargée de célébrer la beauté, l’intelligence et l’excellence féminine ne peut prospérer durablement sous le poids du soupçon. Que les accusations soient infondées ou qu’elles nécessitent des clarifications profondes, le statu quo n’est plus tenable. Le silence, face à des allégations aussi sensibles, finit toujours par être interprété.
Miss Cameroun devrait être un symbole d’espoir. Si la couronne commence à inspirer la peur, alors il est temps d’ouvrir les fenêtres, de faire entrer la lumière et de restaurer la confiance. Car ce qui se joue aujourd’hui dépasse une personne ou un mandat : c’est la crédibilité d’une institution nationale et la protection morale de celles qu’elle prétend élever.
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