Cameroon

De nouvelles taxes non fiscales dans cinq ministères dès 2026 pour renflouer les caisses de l’État

Face à la pression budgétaire et à la stagnation des recettes fiscales classiques, le gouvernement camerounais engage une nouvelle offensive : créer de nouvelles niches non fiscales dans cinq ministères dès 2026 pour porter ces recettes à 400 milliards FCFA, contre 361,1 milliards en 2024. Une hausse de 10,8 % qui s’inscrit dans une trajectoire ascendante jusqu’en 2028, selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme. Derrière ces chiffres, se dessine une stratégie où chaque service administratif devient une source de revenus, au risque de faire peser une charge supplémentaire sur les citoyens et les opérateurs économiques.

Concrètement, les ministères ciblés (Recherche scientifique, Enseignement supérieur, Relations extérieures, Habitat, et Industrie) devront désormais taxer davantage leurs prestations. Le ministère de la Recherche imposera des frais pour la création de structures privées de recherche ou l’enregistrement des chercheurs ; celui des Relations extérieures fera payer les autorisations d’associations étrangères ; l’Enseignement supérieur, lui, introduira des frais de traduction et de délivrance de rapports liés aux carrières universitaires. De leur côté, l’Habitat exigera un agrément payant pour les bureaux de contrôle incendie, tandis que l’Industrie facturera ses contrôles d’équipements industriels et infligera des pénalités pour infractions techniques.

Pour encadrer ces nouvelles recettes, l’État mise sur la digitalisation via la plateforme TresorPay, qui deviendra à compter du 1er janvier 2026 la seule interface officielle pour tous les paiements non fiscaux. Objectif affiché : sécuriser les transactions, limiter les détournements, et capter jusqu’à 600 milliards FCFA de potentiel non fiscal encore inexploré. Une ambition qui intervient dans un contexte de forte inflation et de baisse des recettes douanières, forçant le Trésor public à chercher des ressources alternatives.

Mais cette volonté de maximiser les recettes soulève aussi des interrogations. Faut-il transformer chaque service administratif en guichet payant pour combler les déficits ? Le risque est grand de voir ces nouvelles charges se répercuter sur les citoyens ordinaires, les chercheurs, les étudiants, les entreprises, ou les ONG, dans un climat économique déjà tendu. Si la lutte contre les pertes de revenus est légitime, encore faut-il que cette politique de taxation tous azimuts n’aggrave pas le fossé entre les objectifs comptables de l’État et le quotidien des Camerounais.

Gilles Noubissi

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