Cameroon

L’État sous pression alors que la masse salariale publique explose et menace l’équilibre budgétaire

En 2024, la masse salariale de l’État camerounais a franchi un seuil critique : 1 522,8 milliards FCFA, soit près de 40 % des recettes fiscales. Cette progression de 12,2 % en un an dépasse largement le plafond de soutenabilité budgétaire de la CEMAC, fixé à 35 %. Entre rappels salariaux dus aux enseignants, revalorisations générales de 5 % et recrutement massif dans les forces de défense, le gouvernement semble engagé dans une spirale difficile à maîtriser, malgré ses appels récurrents à la rigueur.

Ce dérapage budgétaire soulève des inquiétudes, alors même que le nombre d’agents publics dépasse désormais 390 000, auxquels s’ajoutent plus de 154 000 pensionnés. À eux seuls, quatre ministères (Enseignements secondaires, Défense, Éducation de base et Sûreté nationale) concentrent plus de 70 % de la masse salariale. En parallèle, l’État a réglé en 2024 plus de 174 milliards FCFA de dette salariale, creusant davantage les dépenses récurrentes. Le ministère des Finances reconnaît une dérive mais continue d’annoncer des hausses : +2,6 % dès 2026, avec une moyenne annuelle projetée à 1 724,2 milliards FCFA entre 2027 et 2028.

Cette fuite en avant interroge sur les arbitrages politiques du gouvernement de Yaoundé. Comment concilier discipline budgétaire et gestion sociale, alors que les marges de manœuvre fiscales s’amenuisent ? Et que penser d’une gouvernance qui augmente les charges salariales tout en multipliant les exonérations, les niches non fiscales et les projets d’infrastructure aux coûts en constante inflation ? En toile de fond, la crédibilité de l’État camerounais face à ses partenaires financiers est de plus en plus fragilisée.

Tandis que le document budgétaire appelle à la limitation des recrutements et à l’assainissement du fichier solde, les projections à moyen terme contredisent cette prudence affichée. Le Cameroun est-il prêt à revoir en profondeur sa politique de rémunération publique ? Ou court-il vers une impasse budgétaire, où l’équilibre entre dépenses de fonctionnement et investissements structurants devient chaque année plus illusoire ?

Gilles Noubissi

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