Incarcéré depuis 2017 à la prison centrale de Kondengui pour ses positions pro-sécessionnistes en lien avec la crise anglophone, Kisob Bertin ne renonce pas à son ambition politique. Malgré son enfermement, il a été, en juillet 2025, le premier à déposer une candidature à l’élection présidentielle prévue en octobre prochain. Une candidature finalement rejetée par le Conseil électoral. En réponse, l’opposant a introduit pas moins de trois recours, dont deux particulièrement retentissants : l’un demandant la disqualification de Paul Biya, président sortant, et l’autre la récusation de l’ensemble des membres du Conseil constitutionnel.
D’après un document officiel daté du 27 juillet 2025, Kisob Bertin, agissant au nom du CPSJ (Conseil du Peuple pour la Justice Sociale), a successivement saisi les autorités pour exiger la réhabilitation de sa propre candidature, le rejet de celle de Paul Biya, et enfin, la récusation complète des membres du Conseil constitutionnel, qu’il juge manifestement partiaux. Ces recours, bien que symboliques, traduisent une contestation profonde du système électoral camerounais, qu’il considère verrouillé au profit du pouvoir en place.
Kisob Bertin n’en est pas à sa première tentative. En 2018, il avait déjà déposé une candidature présidentielle depuis sa cellule, sans succès. Son engagement persistant à vouloir concourir, malgré son statut de prisonnier politique, témoigne d’une détermination qui défie les normes et souligne les tensions démocratiques au sein du pays. Le fait qu’il ait pu formellement soumettre un dossier de candidature depuis sa détention met aussi en lumière les contradictions d’un appareil institutionnel qui l’autorise à se porter candidat tout en le maintenant derrière les barreaux.
Au-delà de son cas personnel, les trois recours introduits par Kisob posent une question essentielle sur la transparence et l’équité du processus électoral au Cameroun. À travers sa démarche, c’est toute la légitimité des organes en charge des élections qui est remise en cause. Alors que le pays se dirige vers une présidentielle cruciale, ces actes de défiance résonnent comme un signal d’alarme lancé depuis les marges du système, révélant un malaise institutionnel que nul ne peut ignorer.

