Invitée sur Balafon Live, Kah Walla a lancé une charge d’une rare gravité contre Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, qu’elle accuse de jouer un double rôle scandaleux dans le processus électoral camerounais. Se présentant comme la tutelle des partis politiques, le ministre est pourtant membre actif du comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti du président sortant Paul Biya, lui-même candidat déclaré à la présidentielle de 2025. “On est dans une absurdité totale : comment un ministre censé être l’arbitre devient-il militant d’un camp en lice ?”, s’indigne la présidente du Cameroon People’s Party (CPP), dénonçant un système où l’État arbitre et joueur à la fois, fausse les règles avant même le début du match.
Dans un propos sans ambiguïté, Kah Walla revient également sur le cas du professeur Maurice Kamto, dont la candidature a été rejetée par le Conseil électoral. À ceux qui présentent ce rejet comme une conséquence logique de son boycott des élections passées, elle oppose une analyse politique : le boycott est, selon elle, un outil légitime utilisé dans le monde entier par des partis confrontés à des contextes non démocratiques. “C’est un droit, pas une faute”, martèle-t-elle, accusant les autorités d’avoir d’abord choisi d’écarter Kamto, avant de chercher un prétexte administratif pour couvrir leur décision.
Mais c’est surtout l’activisme politique d’Atanga Nji qui concentre les critiques les plus sévères de Kah Walla. Elle rappelle que le ministre a lui-même reconnu à la télévision avoir “donné un parti” à Cabral Libii, candidat déclaré, s’ingérant directement dans la vie interne des formations politiques. “Nous sommes dans un pays où un ministre organise la recomposition des partis, nomme ou remplace leurs présidents, puis négocie ouvertement avec certains pour composer une majorité présidentielle”, dénonce-t-elle, qualifiant cette posture de “cynique et antidémocratique”.
Selon Kah Walla, tout semble indiquer que le pouvoir en place cherche à verrouiller le scrutin à son avantage. Si le Conseil constitutionnel venait à valider la candidature de Maurice Kamto, on pourrait donc croire que ce ne serait, qu’un calcul pour crédibiliser une victoire déjà attribuée au RDPC. “Les lois n’ont de valeur que dans la mesure où elles servent les intérêts du régime”, affirme un politologue. La présidente du CPP appelle à une mobilisation citoyenne pour mettre fin à ce qu’elle appelle une “imposture électorale programmée”.

