Les commerçants des marchés de la gare et des femmes à New Bell ne décolèrent pas. Plus d’un an après la destruction du marché de la gare et quelques semaines après celle du marché des femmes, ils continuent d’accuser la mairie de Douala 2e de démolitions forcées, d’expropriations arbitraires et d’une redistribution opaque des nouveaux espaces. Le 27 août dernier, leur colère s’est ravivée lors d’une visite conjointe des ministères de l’Administration territoriale et des Domaines sur les sites concernés, révélant l’ampleur d’un bras de fer qui prend désormais une tournure judiciaire et politique.

Derrière les chiffres, ce sont des vies bouleversées. « Ma boutique a été détruite sans préavis, avec mes marchandises et mes documents. Aujourd’hui, d’autres personnes occupent l’espace pendant que je n’ai plus rien », déplore Rose Momo, commerçante du marché de la gare, en plein procès contre la mairie. Comme elle, 212 commerçants affirment avoir été exclus du nouveau marché reconstruit, au profit de bénéficiaires venus de l’extérieur. Le collectif, conduit par Jean Dim, dénonce un partage inéquitable : « 800 boutiques ont été construites, mais nos 212 n’ont jamais été restituées. »
La fronde ne vient pas seulement des commerçants. Plusieurs conseillers municipaux de Douala 2e ont adressé une lettre au secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « casse brutale » et de gestion « illégale » des espaces marchands. Selon eux, les nouveaux marchés reposent sur une zone juridiquement contestée, où s’entremêlent absence de titres fonciers pour la commune et revendications de propriétaires privés. Cette situation, qu’ils qualifient d’« imbroglio flou-clair », menace de fragiliser davantage la crédibilité de l’institution municipale.
Face à ces accusations, la mairie de Douala 2e garde le silence, tandis que l’administration centrale a ouvert une enquête. Mais dans les allées des marchés détruits, l’amertume domine : des centaines de commerçants se sentent abandonnés, privés de leurs moyens de subsistance et soupçonnent des arrangements opaques derrière la redistribution des boutiques. À ce stade, la crise dépasse la simple querelle locale : elle interroge plus largement la gouvernance des espaces publics dans une ville où la pression foncière et les luttes d’intérêts s’intensifient.