Le port autonome de Douala traverse l’une des crises de congestion les plus sévères de son histoire récente. Avec neuf jours d’attente en moyenne pour les navires, il détient désormais le triste record du port le plus engorgé de la façade ouest-africaine, loin derrière Abidjan, Conakry ou encore Lekki où les délais oscillent autour de sept jours. Or, cette plateforme demeure le poumon de l’économie camerounaise : elle concentre entre 75 % et 85 % du commerce extérieur du pays et sert de point de transit vital pour le Tchad et la République centrafricaine.

Les causes de cette paralysie sont multiples et traduisent avant tout des faiblesses structurelles accumulées. L’ensablement du fleuve Wouri rend les manœuvres d’accostage périlleuses, les pluies diluviennes aggravent les contraintes logistiques, tandis que le pic saisonnier des exportations de cacao et la forte demande des pays voisins saturent encore davantage un dispositif déjà vieillissant. Les grues obsolètes, les lenteurs administratives et la gestion perfectible alourdissent le tableau, malgré les annonces d’investissements récents du Port autonome de Douala.
Si le port en eau profonde de Kribi apparaît comme une alternative plus fluide (avec des délais réduits à deux jours seulement), il n’offre pas encore une réponse suffisante. Les coûts supplémentaires et les difficultés d’évacuation vers l’hinterland limitent son attractivité immédiate. À l’échelle régionale, la comparaison est implacable : des infrastructures comme Pointe-Noire, Tema ou Onne affichent des performances largement supérieures, avec des temps d’attente inférieurs à 24 heures.
Face à ce constat, la question centrale reste celle de la vision et de la gouvernance. Le Cameroun a adopté dès 2019 un schéma directeur ambitieux pour tripler la capacité du port de Douala d’ici 2050, avec un projet d’extension à Manoka. Mais entre les promesses et la réalité quotidienne des chargeurs, l’écart demeure criant. Sans une réforme profonde alliant modernisation des infrastructures, digitalisation des procédures et meilleure articulation logistique régionale, Douala risque de rester un maillon faible du commerce ouest-africain, au détriment de l’attractivité du pays et de la compétitivité de sa sous-région.