Le géant camerounais de l’électricité, Eneo, s’enfonce dans une spirale financière inquiétante. Selon le rapport Compact Energy Pays du ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee), l’entreprise cumule désormais plus de 800 milliards FCFA de dettes, dont 500 milliards envers ses fournisseurs. Un chiffre vertigineux qui fait d’Eneo, filiale du fonds d’investissement britannique Actis, un acteur à haut risque pour les finances publiques. Malgré un retour symbolique aux bénéfices en 2022 et 2023, la situation de trésorerie s’est effondrée, laissant planer la menace d’une cessation de paiement.

Derrière ces chiffres se cache un mal plus profond : la gouvernance et le sous-investissement chronique du secteur. En dix ans, Eneo n’a mobilisé que 320 milliards FCFA pour moderniser ses infrastructures, un effort largement insuffisant face à la vétusté du réseau et à l’explosion de la demande. Pire, le concessionnaire n’a pas réussi à obtenir un prêt de 210 milliards FCFA auprès de la Société financière internationale, faute de garanties suffisantes et de confiance dans la gestion interne. Résultat : les coupures s’enchaînent, les pertes techniques atteignent 14 %, et les impayés des administrations continuent d’asphyxier l’entreprise.
Le Minee tire désormais la sonnette d’alarme. Eneo représente « un risque budgétaire » pour l’État, dont les recettes et dépenses sont directement menacées par les défaillances du distributeur. Le gouvernement prépare donc un plan de redressement d’ici 2026, incluant le rachat des parts d’Actis, la restructuration de la dette et un renforcement du recouvrement des factures publiques. Parallèlement, un réajustement progressif des tarifs a été lancé depuis 2023, avec une hausse annuelle de 10 % pour les gros consommateurs, afin de réaligner les prix sur le coût réel de production.
Mais au-delà des réformes techniques, c’est tout un modèle énergétique qu’il faudra repenser. L’État vise un retour à l’équilibre d’ici 2028, misant sur une discipline financière plus rigoureuse, un rendement de distribution porté à 88 % et une modernisation accélérée du réseau. Autant d’objectifs ambitieux, mais qui resteront hors d’atteinte si la gouvernance d’Eneo ne change pas en profondeur. Car dans le secteur de l’électricité, les dettes ne sont pas seulement financières : elles sont aussi politiques et structurelles.
