Le Cameroun s’apprête à tourner une page importante de son histoire financière. D’ici la fin novembre 2025, le pays réglera le dernier versement de son Eurobond émis en 2015, mettant ainsi un terme à dix années d’un engagement coûteux sur les marchés internationaux. Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), le reliquat de 30,9 milliards de FCFA encore dû à fin septembre 2025 clôturera un emprunt initial de 750 millions de dollars contracté à un taux de 9,5 %. Cette échéance symbolique intervient dans un climat économique tendu, marqué par une notation spéculative persistante et des perspectives de refinancement incertaines.
Pour mémoire, une grande partie de cette dette avait déjà été restructurée en 2021. Le gouvernement avait alors émis un nouvel Eurobond de 685 millions d’euros (environ 450 milliards de FCFA) à 5,95 %, afin de racheter 80 % de la souche initiale. Cette manœuvre, orchestrée avec l’appui de JP Morgan et Citigroup, avait été présentée comme une réussite technique, mais elle traduisait aussi une dépendance croissante du Cameroun aux marchés financiers. Paul Biya avait dû modifier la loi de finances par ordonnance pour autoriser cette opération, illustrant à quel point le refinancement de la dette internationale s’était imposé comme une priorité politique.
Derrière la réussite apparente de ce désendettement, les signaux restent préoccupants. Fitch Ratings maintient la note souveraine du Cameroun en catégorie « B », c’est-à-dire spéculative, tout en la plaçant sous observation. Autrement dit, le pays demeure perçu comme un emprunteur à risque par les investisseurs, ce qui renchérit le coût de ses futurs emprunts. Le contexte international, moins favorable qu’en 2021, rend toute nouvelle émission plus périlleuse et plus onéreuse. À ce stade, la confiance des marchés repose davantage sur la discipline budgétaire du gouvernement que sur la solidité de son économie réelle.
La dette commerciale du pays, aujourd’hui estimée à plus de 1 300 milliards de FCFA, témoigne d’une ouverture accélérée aux financements de marché : un choix stratégique mais risqué. D’ici 2032, deux autres Eurobonds d’un montant cumulé dépassant le milliard de dollars arriveront à échéance. Leur gestion constituera un test décisif pour Yaoundé. Si le paiement de novembre marque la fin d’un cycle, il rappelle aussi que la dépendance aux capitaux extérieurs continue d’exposer le Cameroun à la volatilité des marchés et à la rigueur des agences de notation. L’enjeu désormais : prouver que l’État peut solder ses dettes sans hypothéquer son avenir.
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