Cameroon

Grand reportage : Sougoule, la dernière ligne de défense contre Boko Haram

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 2024, une nouvelle attaque de Boko Haram a secoué le village de Sougoule, dans l’arrondissement de Mokolo, département du Mayo-Tsanaga, région de l’Extrême-Nord Cameroun.

Les assaillants, venus en nombre, ont frappé au quartier Zouba, tuant deux membres éminents de la communauté : le Lawan du village, Ndjida Lagoa, et Milda, un membre du comité de vigilance. Cinq autres ont réussi à échapper à l’horreur. Cette attaque, une de plus dans une série d’incursions meurtrières, symbolise l’escalade de la terreur qui menace cette région montagneuse depuis plus de deux ans.

Sougoule, un village au pied des montagnes de Mokolo, est devenu la cible régulière de Boko Haram. Les assaillants ont frappé là où la défense est la plus faible, emportant avec eux des vies et plongeant la communauté dans un deuil profond. Le Lawan, figure de proue du village, était un symbole d’autorité et de protection pour les habitants. Son assassinat marque une nouvelle étape dans la terreur semée par ce groupe armé. Ce drame a ravivé l’inquiétude sur la sécurité de cette région stratégique, étant donné que Sougoule est le dernier rempart montagneux avant la ville de Mokolo.

Les appels à l’aide de cette communauté sont récurrents. Les populations locales, épuisées et traumatisées, multiplient les demandes à l’administration et aux autorités sécuritaires pour une intervention urgente. Mais pour l’instant, la réponse semble insuffisante face à la gravité de la situation. Les attaques ne se limitent pas à Sougoule ; des localités environnantes comme Ldubam, Dingling, et Magoumaz ont également été vidées de leurs habitants à la suite des incursions de Boko Haram, réduisant ces villages à l’état de fantômes.

Les forces de vigilance communautaires, souvent mal équipées et insuffisamment soutenues, se trouvent en première ligne face à une menace insaisissable. Pourtant, malgré leur bravoure, ces civils ne peuvent résister à la furie des armes et aux tactiques guerrières de l’ennemi.L’insécurité croissante dans cette région est un problème qui dépasse le simple cadre local. La menace plane sur la ville de Mokolo, chef-lieu du département du Mayo-Tsanaga, où se concentre une grande partie des services administratifs et économiques. En tant que dernier rempart avant cette ville clé, Sougoule représente une zone stratégique dont la sécurité est cruciale pour l’ensemble du département.

Cependant, malgré l’urgence de la situation, les conditions socio-économiques de cette région montagneuse restent tragiquement négligées. Le sous-développement chronique de Mokolo Montagne, combiné à l’insécurité, laisse les populations locales dans un sentiment d’abandon total. Alors que les élites locales et nationales sont appelées à porter ce cri de détresse aux plus hautes sphères de l’État, la communauté attend, impuissante, que des solutions sécuritaires pérennes soient mises en place.

L’histoire de Sougoule n’est que le reflet d’une réalité vécue par des dizaines de villages de la région de l’Extrême-Nord. Des familles entières, déplacées et dépossédées, cherchent refuge dans des conditions précaires. La survie devient un combat quotidien, avec des hommes, des femmes et des enfants pris en étau entre les violences de Boko Haram et l’absence de protection effective.

Le silence qui entoure le drame de Sougoule témoigne d’une tragédie humaine en train de se jouer loin des projecteurs médiatiques. Pourtant, pour ces populations, il ne s’agit pas simplement de chiffres ou de faits divers, mais de vies brisées, de familles détruites et d’un avenir incertain.

L’avenir de Sougoule et des villages environnants dépend désormais de la capacité des autorités à réagir. Des mesures doivent être prises de manière urgente pour sécuriser cette zone et protéger ses habitants. Si l’on continue à ignorer ces appels à l’aide, la ville de Mokolo elle-même pourrait bientôt faire face à une menace directe.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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