Devant un parterre de journalistes réunis ce vendredi à Yaoundé, l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, président national du FSNC, a officiellement lancé sa candidature à l’élection présidentielle de 2025. Un discours liminaire aux allures de plaidoyer, entre justification de son passé gouvernemental et promesse d’un avenir en rupture avec le système qu’il a longtemps servi.
« Un tournant décisif »
D’entrée de jeu, Issa Tchiroma Bakary a tenu à préciser la nature exceptionnelle de sa démarche : « Je ne viens pas en tant qu’homme politique ordinaire. Je viens en tant que citoyen, père, patriote, et candidat de la transition. » Dans une tonalité grave, il s’est adressé à une opinion publique qu’il sait méfiante, souhaitant marquer « un tournant décisif » dans la perception qu’elle a de lui.
Réponse aux critiques : « Je n’ai jamais été prisonnier d’un régime »
Conscient de l’image controversée qu’il véhicule, notamment en raison de son parcours aux côtés du régime en place, l’ancien ministre a voulu rétablir « la vérité ». Face aux accusations d’opportunisme et de compromission, il se défend : « Je n’ai jamais été prisonnier d’un régime. J’ai été serviteur de l’État. » Il affirme avoir quitté ses fonctions non par stratégie électorale, mais par « acte de conscience », estimant que l’éthique républicaine avait disparu.
Un bilan assumé, des réalisations revendiquées
Évoquant ses passages successifs aux ministères des Transports, de la Communication, puis de l’Emploi, Issa Tchiroma Bakary dresse un inventaire précis de ses actions : mise en place des péages et du permis de conduire numérisé, ouverture de l’espace aérien, libéralisation de la presse, création d’un fonds pour la formation professionnelle… Un bilan qu’il « assume et revendique » au nom de « l’intérêt général » et non d’un parti.
Une candidature de rupture… et de rassemblement
Le candidat s’est également voulu clair sur ses intentions : « Nous sommes candidats pour gagner cette élection présidentielle », martèle-t-il, balayant les soupçons d’une candidature de façade. Il propose un mandat unique, strictement de transition, au terme duquel il s’engage à transférer le pouvoir à une nouvelle génération.
Il promet la formation d’un gouvernement d’union patriotique, une réforme du code électoral avec scrutin à deux tours, une charte d’éthique nationale et une transition vers un État fédéral. Le tout avec un accent mis sur la jeunesse, la formation professionnelle et l’inclusion des Camerounais de la diaspora.
« Le moment est venu »
Dans une adresse solennelle, Issa Tchiroma Bakary a tendu la main à tous les segments de la société : jeunes, femmes, fonctionnaires, diaspora, et même « aux lucides du pouvoir ». Il appelle à « écrire l’Histoire », à « reprendre la parole et le pouvoir », affirmant que « le peuple est prêt » et que lui-même est « prêt à servir ».
Avec cette prise de parole, Issa Tchiroma Bakary entend repositionner son image et son projet. Reste à savoir si les Camerounais, en quête de changement, accepteront d’accorder leur confiance à un homme qui, pendant longtemps, fut l’un des visages du pouvoir qu’il critique aujourd’hui.

