La phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala avance. Au point kilométrique 100, les tronçonneuses tournent, les arbres tombent, et les études topographiques progressent sur un chantier qui, pendant des mois, piétinait faute d’emprises libérées. Plus de cent personnes ont déjà été indemnisées sur environ onze kilomètres. Pour beaucoup, c’est une victoire. Mais au village Logmbon, une partie de la communauté vit cette avancée comme une menace directe : non pas contre leurs maisons ou leurs champs, mais contre leurs morts.

Le tracé actuel passerait en effet sur une centaine de tombes, sépultures ancestrales que les familles concernées refusent de voir disparaître sous le bitume. Leur demande n’a rien d’un barrage politique : un décalage de seulement 200 mètres suffirait, disent-ils, à concilier le projet et le respect de leur patrimoine funéraire. « Nous ne sommes pas contre l’autoroute », précisent-ils d’emblée, conscients que l’infrastructure va désenclaver des bassins agricoles entiers et changer le quotidien de milliers de familles. Mais entre le progrès et la mémoire de leurs aïeux, le choix est sans équivoque.
Les habitants de Logmbon ont franchi un cap : une pétition a été adressée directement au président de la République Paul Biya, ainsi qu’à la Banque mondiale, partenaire financier du projet. Ils y invoquent également un argument historique fort : c’est la grande famille Sompi, dont les tombes sont aujourd’hui menacées, qui avait autrefois accueilli et protégé des populations entières lors de la période du maquis, au temps des indépendances. Une dette mémorielle que ces familles estiment légitime de rappeler.
Pour l’heure, aucune modification du tracé n’a été annoncée. Les travaux, eux, continuent. Et pendant que certains se réjouissent, d’autres pleurent en silence au bord du chantier.
