Demain matin, des milliers d’agents recenseurs sont censés frapper à la porte des ménages camerounais pour lancer officiellement le 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat, couplé au Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage. Une opération d’envergure nationale, pilotée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, dont l’arrêté N°039/CAB/PM fixe la période de collecte du 24 avril au 29 mai 2026. Sauf que ce jeudi soir, la mobilisation ressemble davantage à une poudrière qu’à une mise en ordre de marche.

Sur le terrain, la grogne est palpable et les signaux d’alarme se multiplient. Des agents recenseurs, fraîchement formés, menacent de ne pas se présenter demain. La raison est simple et brutale : depuis la fin de leur formation lundi dernier, pas un seul franc CFA ne leur a été versé. Zéro. L’engagement contractuel était pourtant clair : un paiement toutes les dix journées de travail, avec une indemnité journalière de 3 500 F CFA durant la phase de collecte sur le terrain. Des promesses qui, à quelques heures du coup d’envoi, sont restées lettre morte.


Les documents officiels du projet confirment pourtant les montants prévus : 343 976 F CFA de revenu total pour un agent recenseur, et 359 226 F CFA pour un chef d’équipe, sur la durée de l’opération. Des sommes inscrites noir sur blanc, validées, budgétisées. Mais entre le papier et la poche des agents, il y a un fossé que personne, visiblement, ne s’est pressé de combler. Dans plusieurs localités où s’est déroulée la formation, des participants désertent déjà, lassés d’attendre une première mise qui ne vient pas.

Ce boycott potentiel, à quelques heures d’une opération présentée comme un outil stratégique de développement national, pose une question qui dépasse largement le sort de quelques indemnités impayées : l’État camerounais est-il en mesure de tenir ses propres engagements envers ceux qu’il mobilise pour le servir ? La crédibilité de tout ce recensement (sa couverture, sa fiabilité, son exhaustivité) repose sur la présence effective de ces agents sur le terrain. Sans eux, l’opération ne vaut rien.
Les autorités ont jusqu’à ce soir pour répondre. Le silence serait, lui aussi, une réponse.