Le Cameroun prépare un nouvel emprunt extérieur de 650 milliards FCFA
Le gouvernement camerounais prévoit de mobiliser, en 2026, un emprunt extérieur massif de 650 milliards de FCFA (environ 1,16 milliard de dollars) pour boucler son budget, selon un document officiel récemment dévoilé. Cette opération financière, dont les modalités restent encore floues, intervient dans un contexte de pression budgétaire croissante et de fragilité économique, alors même que le pays doit rembourser en novembre 2025 son tout premier Eurobond. L’enjeu est double : renflouer les caisses publiques et rassurer des investisseurs de plus en plus frileux face à une signature souveraine jugée « à risque » par les agences de notation.
Au 31 mars 2025, le stock de dette extérieure du Cameroun atteignait 8 557,7 milliards de FCFA, dont une large part auprès d’institutions multilatérales (4 324,8 milliards) et de créanciers bilatéraux (2 875,5 milliards). La dette commerciale représentait une portion plus réduite (1 690 milliards), mais elle continue de croître avec la multiplication des émissions obligataires, notamment les Eurobonds, comme celui de 550 millions de dollars arrangé en 2024 par Cygnum Capital et Citigroup. Malgré cela, le gouvernement semble prêt à replonger sur les marchés internationaux, au mépris d’une notation souveraine dégradée par Fitch Ratings, qui a classé le Cameroun sous perspective négative en mai dernier.
Cette stratégie d’endettement soulève de sérieuses questions sur la soutenabilité de la trajectoire budgétaire du pays. Le budget 2026 affiche un besoin de financement estimé à 2 124,3 milliards de FCFA, et rien n’indique pour l’instant si l’État entend privilégier les créanciers multilatéraux, bilatéraux ou les marchés financiers. L’opacité qui entoure le montage de ce nouvel emprunt alimente les doutes sur la transparence et la rigueur de la gestion de la dette publique, alors que l’économie camerounaise doit affronter les défis d’une croissance fragile, d’une pression sociale accrue et d’une échéance électorale qui s’annonce tendue.
Au-delà des chiffres, ce recours massif à la dette interroge sur les priorités réelles du gouvernement et sa capacité à impulser des réformes structurelles pour assainir les finances publiques. Si la manœuvre vise à donner un souffle au budget de l’année électorale, elle pourrait aussi se transformer en piège financier si les conditions de marché se durcissent ou si les bailleurs de fonds perdent confiance. L’absence d’un dialogue ouvert avec des institutions comme le FMI ou la Banque africaine de développement alimente un climat d’incertitude, dans un contexte régional où les marges de manœuvre économiques se rétrécissent dangereusement.
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