Réuni en session extraordinaire ce 20 août à Garoua, le Conseil régional du Nord a adopté un budget rectificatif 2025 porté à 11,634 milliards de FCFA, contre 4,7 milliards initialement votés en décembre 2024. L’augmentation s’explique par des apports exceptionnels : plus de 800 millions de FCFA issus du report de l’exercice 2024, des emprunts contractés notamment auprès du Feicom, des ressources transférées de ministères clés comme les Travaux publics ou l’Enseignement secondaire, et des fonds provenant du Prolog, un projet soutenu par la Banque mondiale.
Derrière ces chiffres impressionnants, une interrogation demeure : la capacité de la collectivité à absorber et gérer efficacement un tel volume de ressources. Selon plusieurs économistes spécialisés dans la décentralisation, les conseils régionaux affichent souvent un faible taux d’exécution budgétaire, oscillant entre 40 et 60 % dans les meilleures années. Les retards dans la passation des marchés, le manque d’ingénierie technique locale et les lourdeurs administratives réduisent considérablement l’impact réel des allocations annoncées.
Dans le cas du Nord, la situation est encore plus préoccupante. Les besoins sont immenses : infrastructures routières délabrées, déficit criant en salles de classe et équipements scolaires, centres de santé insuffisants. Or, les financements annoncés proviennent en grande partie d’emprunts et de transferts soumis à des conditions strictes. Autrement dit, la marge de manœuvre effective pourrait être bien inférieure aux 11,6 milliards affichés, avec un risque réel d’accumulation de dettes mal exploitées.
Ainsi, si le budget rectificatif 2025 marque une volonté d’ambition, il place aussi le Conseil régional du Nord face à un défi majeur : démontrer qu’il peut transformer l’argent mobilisé en résultats visibles pour les populations. Sans une meilleure gouvernance, un suivi rigoureux des projets et une gestion transparente, ce bond budgétaire risque de rester une promesse sans traduction concrète.

