L’interminable bataille judiciaire au sein du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN) vient de franchir une nouvelle étape. Robert Kona, fondateur autoproclamé du parti, a officiellement saisi la Cour Suprême du Cameroun à travers un pourvoi en cassation. Objectif : contester l’arrêt rendu par la Cour d’Appel de l’Extrême-Nord le 19 juin dernier, arrêt qui avait validé la régularité du congrès tenu par la faction conduite par Cabral Libii Li Ngué Ngué.
Selon le procès-verbal de déclaration de pourvoi N°12/DP/CIV/GCA/EN/MRA daté du 25 juin 2025 et signé de Maître Bouzoune André, greffier en chef à la cour d’appel de Maroua, Robert Kona entend obtenir l’annulation pure et simple de la décision en cause. Il dénonce ce qu’il qualifie de “nullité des actes du congrès” tenu sous l’égide de Cabral Libii, congrès dont découle toute l’actuelle légitimité de la direction du PCRN.
Pour soutenir sa requête, Robert Kona a dû s’acquitter d’une consignation judiciaire de 75 000 FCFA, preuve que cette procédure, au-delà du symbole politique, est juridiquement formalisée. Ce recours en cassation fait suite à l’échec de Kona devant la cour d’appel, où ses prétentions avaient été jugées irrecevables et infondées.

L’affaire oppose Robert Kona à plusieurs cadres du parti, notamment Djonga Wangue, Boulagna Raymond, Djonrang Emmanuel, Hamadou Bernard, Messey Fritz Franz, Dame Ndarimawa Martine, ainsi qu’au leader contesté Cabral Libii. Tous sont cités comme parties prenantes à ce bras de fer judiciaire qui traîne en longueur depuis plusieurs années.
Un enjeu politique autant que juridique
Derrière ce contentieux purement procédural, c’est l’avenir politique du PCRN qui est en filigrane. Le parti, qui s’est affirmé comme une force montante de l’opposition ces dernières années, est plongé dans une guerre de légitimité à l’approche des élections présidentielles d’octobre 2025.
Cabral Libii, président national reconnu par les institutions, brigue la magistrature suprême. Mais Robert Kona, se présentant comme le “père fondateur spolié”, multiplie les offensives judiciaires pour tenter de reconquérir la tête du parti. En cas de succès devant la Cour Suprême, c’est tout l’édifice légal de la direction actuelle qui pourrait vaciller.
Un nouveau feuilleton en perspective
Le pourvoi en cassation, tout en prolongeant le débat, ne suspend pas automatiquement l’effet de l’arrêt de la Cour d’Appel de Maroua, favorable à Cabral Libii. Mais le camp Kona espère qu’un arrêt favorable de la haute juridiction viendrait redessiner le paysage interne du PCRN et fragiliser son principal rival.
À Maroua, le greffe de la cour d’appel a certifié et expédié en urgence le dossier à la Cour Suprême, qui devra dans les prochains mois statuer définitivement sur la validité du congrès et, partant, sur la légitimité de la direction actuelle du PCRN.
À quelques encablures d’une élection décisive, cette affaire, qui pourrait sembler anecdotique, prend des allures de véritable bombe à retardement politique dans l’opposition camerounaise.

