Une correspondance officielle de la Présidence de la République, signée par le ministre d’État, secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, autorise la passation d’un marché public par procédure de gré à gré au profit de l’entreprise SUNNA DESIGN. Le marché porte sur la fourniture et l’installation de 21 500 lampadaires solaires dans 360 communes du Cameroun (phase 1), pour un montant global de 21,4 milliards de FCFA TTC.
Selon le document daté du 28 janvier 2026, cette autorisation émane du « Très Haut Accord du Président de la République » et bénéficie au ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU). Le choix de la procédure de gré à gré, censée rester exceptionnelle, suscite déjà de nombreuses interrogations.
En ramenant le montant global au nombre de lampadaires, le coût moyen par unité dépasse le million de FCFA, installation comprise. Un chiffre jugé excessif par plusieurs observateurs, d’autant plus que des projets similaires, dans d’autres pays africains ou même au Cameroun via des collectivités locales, affichent des coûts largement inférieurs.
Dans un contexte de crise économique persistante, de communes sous-financées, d’infrastructures sociales dégradées et de services publics à l’agonie, cette dépense pose la question de la rationalité budgétaire et du rapport qualité-prix des investissements publics.
Sous le régime de Paul Biya, la procédure de gré à gré est de plus en plus utilisée pour des projets de grande envergure, souvent au nom de l’urgence ou de l’intérêt stratégique. Mais dans les faits, cette méthode court-circuite la concurrence, réduit la transparence et alimente les soupçons de surfacturation et de collusion.
Ce nouveau marché vient ainsi raviver le débat sur la gabegie financière, la gouvernance des marchés publics et la responsabilité politique au sommet de l’État. Qui fixe les prix ? Sur quelles bases techniques ? Où sont les études comparatives ? Et surtout, qui rend réellement compte au contribuable camerounais ?
La Présidence demande que l’exécution du marché lui soit rendue compte pour la « haute information du Chef de l’État ». Mais pour l’opinion publique, cela ne suffit plus. La demande est désormais claire : transparence totale, publication des détails techniques, audits indépendants et justification précise des coûts.
À l’heure où chaque franc public compte, ce dossier des lampadaires solaires pourrait bien devenir un symbole de plus de la dérive financière de l’État camerounais, et un test grandeur nature de la volonté réelle du pouvoir de rompre avec des pratiques dénoncées depuis des décennies.
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