Le Chantier naval et industriel du Cameroun (CNIC) traverse une nouvelle zone de turbulences. Depuis le 30 septembre, les employés de cette entreprise publique stratégique observent une grève illimitée devant le siège de Douala. En cause : 18 mois d’arriérés de salaires, évalués à 2,7 milliards de francs CFA.

« Depuis pratiquement cinq ans, nous sommes dans une situation de non-retour. Les arriérés de salaire ne font que s’accumuler et sont devenus exponentiels depuis deux ans », déplore Gaspard Nyetam, délégué du personnel.
Les retraités du CNIC ont eux aussi rejoint la mobilisation, dénonçant des promesses non tenues. « Les retraités ne perçoivent pas les droits prévus par la convention entre l’entreprise et l’État. Conséquence, beaucoup meurent sans être soignés », alerte Norbert Tcheutgnia, représentant du collectif des anciens employés.
Contactée le 6 octobre, la direction générale du CNIC n’a pas souhaité réagir à cette nouvelle vague de contestation.
Cette grève s’ajoute à une longue série de crises sociales qui secouent l’entreprise depuis plus d’une décennie. En 2023, les travailleurs réclamaient déjà 1,2 milliard de FCFA d’arriérés de salaires et 800 millions de FCFA dus aux retraités. Le mouvement avait alors été réprimé par la police.
Dix ans plus tôt, en 2013, des grèves éclataient déjà après des sanctions contre des leaders syndicaux. Ces tensions récurrentes traduisent l’effondrement progressif d’un géant autrefois emblématique de l’économie bleue camerounaise.
Au début des années 2010, le CNIC affichait encore un chiffre d’affaires de près de 40 milliards de FCFA. Aujourd’hui, ses revenus annuels dépassent à peine 3 milliards, une chute vertigineuse.
L’entreprise publique est asphyxiée par un endettement massif : plus de 3 milliards de FCFA de dettes fiscales et plus de 2 milliards envers la CNPS. À cela s’ajoutent des équipements vétustes, des grèves à répétition et des querelles internes qui minent son fonctionnement.
Pour tenter d’enrayer la chute, l’État avait lancé entre 2015 et 2017 un plan de restructuration. Ce programme prévoyait notamment la réduction du personnel (passé de 800 à 300 employés) et la recherche d’un partenaire industriel pour relancer le chantier pétrolier de Limbé.
Mais huit ans plus tard, les résultats sont maigres. Le CNIC survit surtout grâce à quelques contrats publics, notamment la réhabilitation de bacs de franchissement, qui assurent à peine la survie de l’entreprise.
Sur le terrain, la colère des employés traduit le désespoir d’un personnel qui ne croit plus aux promesses de redressement. À Douala, banderoles à la main, les grévistes interpellent directement le président Paul Biya, espérant une intervention politique pour débloquer la situation.
Leur mouvement met une nouvelle fois en lumière l’état critique d’un secteur industriel public en quête de souffle, et la lente agonie d’une entreprise qui fut jadis une fierté nationale et un symbole du savoir-faire maritime camerounais.
