Le ton a changé du côté du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Après avoir longtemps ignoré, voire tourné en dérision, les revendications du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) sur la transparence du fichier électoral, la députée Nourane Fotsing monte au créneau. À quelques jours de la convocation du corps électoral pour la présidentielle, elle a publié un message sur sa page Facebook qui a surpris plus d’un : « Le corps électoral sera convoqué dans 5 jours et la liste électorale n’a pas encore été publiée. Ne s’agit-il pas d’un début de fraude pré-électorale ? Il est urgent de rester vigilant », a-t-elle alerté.

Cette sortie intervient dans un contexte tendu, marqué par l’incapacité du Conseil constitutionnel à contraindre le directeur général d’ELECAM à rendre publique la liste nationale, comme le prévoit pourtant l’article 80 du Code électoral. Saisi en janvier par le MRC, le Conseil s’est déclaré incompétent. À l’époque, Cabral Libii, président du PCRN, avait invité les citoyens à vérifier leur nom sur les listes dans les antennes locales d’ELECAM, sans accorder d’importance à la publication de la liste consolidée à l’échelle nationale.
La déclaration de Nourane Fotsing donne donc l’impression d’un retournement de veste. Elle traduit peut-être une prise de conscience tardive des enjeux, mais elle interroge surtout sur la cohérence et la sincérité de l’opposition. Comment dénoncer aujourd’hui un risque de fraude sur une base que l’on a soi-même jugée secondaire ou non prioritaire pendant des mois ? Cette contradiction sème le doute et fragilise encore un peu plus l’espace politique, déjà miné par le manque d’unité dans les rangs des partis non gouvernementaux.
L’inquiétude est pourtant légitime. Sans liste électorale transparente, difficile de garantir une élection crédible. Et si des personnalités du PCRN rejoignent enfin ce combat, il serait temps que l’ensemble de la classe politique cesse les postures à court terme pour se concentrer sur une exigence simple : que les règles soient respectées. Car ce n’est pas seulement une question de légalité, mais de confiance.

