Le 17 septembre 2025, l’homme politique Maurice Kamto a pris la plume depuis Yaoundé pour livrer une réflexion qui résonne comme un ultimatum adressé à l’opposition camerounaise. Dans ce texte, l’ancien candidat à la présidentielle, désormais figure centrale du débat politique, exhorte les onze prétendants déclarés à l’élection du 12 octobre prochain à dépasser leurs divergences et à se rassembler autour d’une candidature commune. À ses yeux, seule une telle entente offrirait une chance réelle de renverser le candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et d’ouvrir la voie à une alternance pacifique. L’enjeu, insiste-t-il, est historique.
Maurice Kamto développe son appel en des termes à la fois imagés et appuyés. « Si les 11 candidats de l’opposition décidaient de se mettre tous derrière l’un d’entre eux […] il pourrait s’enclencher une dynamique populaire irrésistible », écrit-il, avant de suggérer, à défaut, une coalition réduite mais significative. Rejetant la notion de « faiseur de roi », il affirme que la responsabilité du changement repose directement sur les épaules des candidats. Plus encore, il interpelle « deux valeureux et dignes fils du Cameroun, candidats originaires de la partie septentrionale », leur demandant de privilégier le patriotisme et le sacrifice pour « être au rendez-vous avec l’histoire ». La métaphore footballistique qu’il emploie (« vous êtes 11, à l’instar d’une équipe de football […] choisissez parmi vous le tireur qui a les meilleures chances de marquer le but libérateur ») démontre sa conviction : la victoire est possible si l’opposition joue collectif.
L’analyse critique de ce message révèle à la fois sa pertinence et ses limites. L’idée d’une candidature unique ou d’une coalition forte de l’opposition n’est pas nouvelle : elle revient à chaque échéance électorale, mais se heurte systématiquement aux rivalités personnelles, aux ambitions présidentielles et au manque de mécanismes concrets de concertation. En insistant sur le « sacrifice » attendu des candidats du Nord, Maurice Kamto prend un risque politique, celui d’alimenter une lecture régionale de son appel dans un contexte où l’équilibre géopolitique est extrêmement sensible. Par ailleurs, l’absence de détails pratiques sur la manière d’opérer ce rassemblement (critères de choix, processus de décision, garanties pour les recalés) pourrait réduire la portée opérationnelle de son interpellation. Enfin, les électeurs eux-mêmes, souvent désabusés, pourraient percevoir ce discours comme une redite plus que comme une stratégie nouvelle.
Reste que cette sortie repositionne Maurice Kamto au centre du débat public et impose une question clé à tous les candidats : seront-ils capables de privilégier l’intérêt général au détriment de leurs ambitions personnelles ? À moins d’un mois du scrutin, la balle est effectivement dans leur camp. Si son appel devait être suivi d’effet, il pourrait remodeler le paysage politique camerounais et bouleverser l’issue d’une présidentielle largement jouée d’avance selon les observateurs. Dans le cas contraire, il s’ajoutera à la longue liste des plaidoyers pour l’unité restés lettre morte, nourrissant un peu plus le scepticisme d’un électorat en quête de changement.
