À l’extrême nord du Cameroun, au sein de l’arrondissement de Maga, s’étend Ming-Digué, un village dont l’importance dépasse largement ses frontières administratives. Niché sur les berges du Logone et ouvert sur le département du Logone-et-Chari, ce carrefour Musgum se hisse aujourd’hui au rang de plateforme incontournable du commerce halieutique entre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria.

Chaque mercredi, le village change de rythme. Le calme des rives cède la place à une effervescence maîtrisée : des centaines de pêcheurs, d’acheteurs et de transporteurs convergent vers le marché hebdomadaire. Les ruelles sablonneuses deviennent le théâtre d’un ballet économique où se croisent pirogues chargées, étals improvisés et négociants venus des trois pays.
À Ming-Digué, le poisson n’est pas seulement une denrée : c’est la colonne vertébrale de l’économie locale. Frais ou fumé, il alimente une vaste chaîne commerciale qui relie les communautés riveraines aux grands centres urbains de la région. Logone-Birni et les marchés environnants s’appuient fortement sur cette production, qui reste l’une des plus dynamiques du bassin du Logone.

Au cœur de cette activité, un savoir-faire Musgum ancestral : les « araï », ces grandes nasses minutieusement tressées, capables de capturer des silures en quantité. Ces techniques traditionnelles, transmises de génération en génération, demeurent la clé de voûte d’une pêche saisonnière qui fait vivre des milliers de familles de part et d’autre de la frontière.
Ming-Digué n’est pas qu’un village de pêche : c’est un symbole de résilience économique, un marqueur identitaire et un véritable moteur des échanges transfrontaliers en Afrique centrale. Une preuve, s’il en fallait, que le Logone reste l’un des axes vitaux de l’activité humaine et commerciale dans cette région stratégique du Sahel camerounais.
