L’armée de l’air nigériane a annoncé avoir neutralisé au moins 35 terroristes lors d’une frappe aérienne menée le 23 août 2025, près de la frontière avec le Cameroun. Selon le communiqué relayé par l’AFP, l’opération a ciblé quatre zones afin de contrer une offensive jihadiste contre les troupes terrestres. Si cette victoire militaire est présentée comme un succès tactique, elle intervient dans un contexte où la menace reste particulièrement élevée au nord-est du Nigeria, théâtre des exactions de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
Car au-delà de ce bilan, les chiffres traduisent l’ampleur de la crise sécuritaire. Rien qu’en avril 2025, 570 morts et 278 enlèvements ont été enregistrés, selon la Commission nationale des droits de l’homme. Le secrétaire exécutif de l’institution, Tony Ojukwu, alerte sur l’aggravation des violations des droits humains et des déplacements forcés, notamment dans les États du Plateau, du Bénue, de Borno et de Yobe, où les violences se sont multipliées ces derniers mois.
Face à cette spirale, Abuja a récemment mis sur pied un Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), censé coordonner la prévention et assécher les circuits de financement des groupes armés. Mais les résultats tardent à se matérialiser et la persistance des attaques alimente le scepticisme. Pour de nombreux observateurs, la stratégie militaire du Nigeria reste trop axée sur les frappes ponctuelles, sans s’attaquer suffisamment aux racines économiques, sociales et politiques de l’extrémisme.
L’impact de cette instabilité dépasse les frontières nigérianes. Les corridors commerciaux stratégiques entre le Nigeria, le Cameroun et le Tchad subissent déjà les contrecoups des violences, avec un ralentissement des échanges et une fragilisation des économies locales. Derrière les communiqués de victoire, c’est donc une question de gouvernance sécuritaire régionale qui se pose : sans une approche coordonnée et durable, chaque opération militaire risque de n’être qu’un répit provisoire dans une guerre d’usure qui mine l’Afrique de l’Ouest.

