À l’heure où la campagne rizicole de saison des pluies bat son plein dans la vallée du Logone, des inquiétudes se multiplient autour de la gestion des opérations par la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY) et le projet Viva Logone. Ces inquiétudes ont été au cœur d’une réunion d’envergure tenue à Maroua, sous la présidence du Gouverneur de l’Extrême-Nord, par ailleurs Président du Conseil d’administration de la SEMRY.
Cette rencontre, qui a mobilisé autorités administratives, chefs traditionnels, leaders religieux, producteurs, élus et cadres du projet Viva Logone, visait à faire le point sur les retards, les tensions et les critiques croissantes enregistrées dans les zones de production.
De nombreux riziculteurs, notamment ceux des localités de Maga, Guirvidig, Kousséri et Wina, dénoncent ce qu’ils qualifient de “manque de transparence dans l’attribution des parcelles”, ainsi que la hausse injustifiée des redevances et le retard dans la distribution des intrants agricoles. Des plaintes relayées à la fois sur le terrain et à travers les réseaux sociaux, aujourd’hui devenus l’unique espace d’expression pour certains exploitants marginalisés.
Contrairement aux accusations de sabotage brandies par certains responsables, les protestataires assurent qu’ils n’ont d’autre objectif que la réhabilitation d’un outil stratégique pour la souveraineté alimentaire et le respect des engagements pris envers les producteurs. “Nous n’avons rien contre la SEMRY, nous voulons simplement que les choses soient faites dans l’équité”, confie un producteur rencontré à Djoumassi, qui dit avoir vu sa demande de parcelle rejetée sans explication.
Certaines critiques pointent également la centralisation excessive des décisions à Yagoua, qui laisserait peu de place aux comités de base. D’autres évoquent des conflits d’intérêts récurrents dans l’attribution des ressources et le manque d’implication effective des bénéficiaires dans la gouvernance des projets agricoles.
Dans sa prise de parole, le Gouverneur de la région a fermement rejeté toute tentative de « désinformation et d’agitation orchestrée », annonçant le déploiement d’un dispositif pour traquer ceux qu’il considère comme des perturbateurs, y compris hors du territoire national. Une déclaration qui, selon plusieurs observateurs, risque d’alimenter davantage la défiance au lieu de favoriser le dialogue.
À noter tout de même un point positif issu de cette réunion : les riziculteurs qui n’avaient pas encore pu s’acquitter de leurs redevances ou contributions bénéficient d’un délai supplémentaire de dix (10) jours. Une mesure saluée avec prudence, dans l’attente d’actes concrets en faveur d’une gestion plus inclusive.
Pour de nombreux acteurs, le défi n’est pas dans la traque d’opposants supposés, mais plutôt dans la reconstruction d’un climat de confiance entre les institutions agricoles et les producteurs locaux. La pérennité de la riziculture dans le Mayo-Danay dépendra, assurément, de cette capacité à écouter, corriger et avancer ensemble.

