Un vent de rupture souffle sur la région réputée la plus fidèle au régime en place. Le 17 juin 2025, un collectif de personnalités originaires du Sud a publié une déclaration au ton inédit, appelant les populations locales à prendre leur destin en main, à cesser d’être « otages d’un régime à bout de souffle » et à s’engager pleinement dans l’élection présidentielle d’octobre 2025… contre le pouvoir de Paul Biya.
L’appel, signé entre autres par le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, Me Freddy Oyono, Dr Appollinaire Okoo ou encore Willy Mengue, fait l’effet d’un séisme politique : il dénonce non seulement les échecs du régime, mais aussi le mythe de la loyauté supposée du Sud à Paul Biya, considéré jusqu’ici comme son bastion électoral.
“Un moment décisif de notre histoire nationale”
La déclaration dresse un réquisitoire sans appel du système Biya, en place depuis 43 ans : dégradation des infrastructures, pauvreté chronique, chômage massif, absence d’électricité dans plusieurs localités, désillusion face à des élites “créées par décret” et coupées des réalités du peuple.
« Depuis 1982, rien n’a changé, sinon pour empirer », accuse le texte. « Le comice agropastoral d’Ebolowa ? Un mirage ! Les routes ? Un calvaire ! L’accès à l’électricité ? Un luxe ! »
Les signataires appellent à rompre avec la passivité et la résignation. Ils dénoncent aussi la manipulation d’une image fictive du Sud comme bastion indéfectible du président sortant.
Un tabou enfin brisé ?
« Le Sud comme socle granitique du RDPC est un slogan politique de griot », tranche la déclaration.
Selon les auteurs, cette illusion est avamment entretenue par une caste d’élites locales qui ont fait de la fraude électorale et du clientélisme un mode de survie politique.




Ils évoquent même un “troque honteux” entre terres villageoises et recrutements dans la fonction publique ou les forces de sécurité, au détriment des familles démunies. Un constat dur, qui remet en cause le lien présumé entre l’identité sudiste et le RDPC.
Ce qui donne un poids particulier à cette déclaration, c’est qu’elle ne vient pas de l’opposition dite classique, souvent accusée d’être étrangère au terrain du Sud. Elle émane de fils et filles de la région, engagés, instruits, conscients et déterminés.
Ils citent au passage les figures du Sud qui ont payé cher leur liberté d’expression face au régime : Charles Ateba Eyene, Abel Eyinga, Jean-Marc Ella ou encore Marthe Ekemeyong Moumié. Tous “sacrifiés”, selon les signataires, pour avoir voulu parler au nom des siens.
Un appel à se lever, non à se soumettre
À travers cette déclaration, les auteurs appellent à une véritable révolution démocratique dans les consciences. Ils veulent que le Sud ne soit plus vu comme un simple réservoir de voix pour maintenir un homme et un parti au pouvoir, mais comme une région digne, debout, actrice de l’alternance.
« Cessez d’être à la solde des politiciens véreux ! », clament-ils. « Devenez des citoyens et non des sujets exposés à la risée des Hommes libres. »
À quelques mois de la présidentielle, cette prise de parole pourrait redéfinir les rapports de force, non seulement dans le Sud, mais à l’échelle nationale. Car si le bastion supposé du président lui-même commence à vaciller, l’horizon politique du régime paraît plus incertain que jamais.
Cette fois, ce n’est plus l’opposition traditionnelle qui frappe à la porte du pouvoir. Ce sont les enfants du système eux-mêmes qui demandent le changement.

